Canicule : les églises servent d’oasis de fraîcheur... sauf la cathédrale Notre-Dame

15/07/2026

Un homme entre dans la paroisse Saint-Hippolyte, dans le XIIIe arrondissement de Paris, s'installe sur un banc, le front ruisselant, souffle et s'évente avec un prospectus religieux, rasséréné. Alléluia. Rive droite, près de République, il fait bon à l'intérieur de l'église Sainte-Elisabeth de Hongrie. «Les murs sont très épais, la nef met du temps à chauffer puis à se rafraîchir, explique le père De Monts. Vers 13-14 heures, c'est le moment de la journée où il y fait le plus frais.» Et les groupes de touristes s'y précipitent pour visiter le lieu mais aussi échapper aux températures extérieures infernales.

Partout en France, les initiatives se multiplient pour profiter des édifices religieux. A Saint-Omer (Pas-de-Calais), par exemple, l'église Saint-Denis a été reconfigurée pour permettre aux habitants d'éviter de cuire : des tables, des chaises et même des transats ont été installés dans la nef. Car les églises, basiliques ou autres cathédrales deviennent des oasis de fraîcheur prisées dans notre monde caniculaire.

C'est une question d'inertie thermique. Les murs en pierre emmagasinent la chaleur durant la journée et la restituent progressivement la nuit. Selon l'épaisseur et la nature de la muraille, les églises deviennent des sanctuaires qui perdent plusieurs degrés en été par rapport à la température extérieure. Mais pas partout, ni dans n'importe quelle condition. Les églises modernes, construites au XXe siècle, sont des étuves de béton, nous apprend le Pèlerin. Et certains édifices séculaires ne protègent pas tous de la même façon : si les églises romanes du XIe siècle sont à ranger dans la catégorie frigo, l'abondance de vitraux de la gothique et parisienne Sainte-Chapelle (XIIIe siècle) laisse entrer trop de chaleur.

Qu'en est-il de l'incontournable Notre-Dame ? Les touristes s'y pressent en masse, avec ombrelles, brumisateurs et mini-ventilateur porté en sautoir. Le parvis, saturé de corps en sueur, couturé de barrières délimitant les files de visiteurs, privé d'arbres, atteint les 28 °C, ce jeudi 9 juillet à 10 heures. Chacun espère entrer dans la cathédrale le plus vite possible pour y profiter aussi de sa douceur. Las. Il y fait 29 °C.

«La température est plus élevée dans le narthex [le vestibule de Notre-Dame, ndlr] qui constitue une zone de transition avec l'extérieur et les portes grandes ouvertes mais demeure plus modérée dans le reste de la cathédrale», explique-t-on en interne. Le grand nombre de visiteurs, environ 30 000 par jour, entrant et sortant, stationnant pour se prendre en photo dès l'arrivée dans l'édifice, contribue à créer une atmosphère chaude et humide, proche de la touffeur, mêlée à l'odeur âcre de l'encens. De quoi tourner de l'œil ? «A ce stade, nous ne constatons pas d'augmentation significative des malaises par rapport au fonctionnement habituel de la cathédrale»,continue-t-on.

Marcels et minijupes interdits

La température à l'intérieur de Notre-Dame peut monter jusqu'à 33 °C quand il lui arrive d'atteindre les 42 °C à l'extérieur. L'institution a donc adopté un protocole chaleur : «Les responsables [il n'est pas fait état de Dieu] adaptent l'organisation du travail selon les missions, des pauses supplémentaires sont accordées lorsque nécessaire et de l'eau est disponible en permanence.» De plus, des brasseurs d'air sont installés «dans les bureaux comme à l'intérieur de la cathédrale pour contribuer à faire descendre la température». La capitale est en vigilance orange, les employés des audioguides, prestataires extérieurs, ont cessé de travailler mais pas ceux du diocèse. «Les tâches les plus physiques sont reportées lorsque cela est possible et des espaces plus frais sont identifiés.»

Il n'empêche : Notre-Dame n'est pas un refuge climatique. Aussi les visiteurs désireux de découvrir la beauté de son architecture doivent-ils s'habiller légèrement pour ne pas être trop incommodés. Hélas, là aussi, la cathédrale est dure à cuire : l'interdiction de s'y promener en débardeur, marcel ou minijupe y reste active. Genoux et épaules doivent être couverts, précise le dress code. «La cathédrale reste un lieu de culte où les règles habituelles de tenue s'appliquent. Des châles sont proposés aux visiteurs qui souhaitent adapter leur tenue avant d'entrer.» Double peine.

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