L'étoile de Béthléem : la guidance de l'âme vers le Christ invisible 

22/12/2025

Selon Matthieu (2:1-12), et uniquement Matthieu dans la Bible, des mages voient une étoile à l'Est, la suivent jusqu'à Jérusalem puis Bethléem, où elle s'arrête au-dessus de l'enfant Jésus, annonçant le roi des Juifs.​ Pour les chrétiens, c'est un miracle divin ou une lumière créée par Dieu, visible seulement aux mages, reflétant la guidance spirituelle vers le Christ et préfigurant sa victoire sur les ténèbres.

Face à l'un des mystères les plus importants de l'histoire encore aujourd'hui, les astronomes proposent notamment une conjonction planétaire, comme Jupiter et Saturne en 7 av. J.-C., ou une comète (Halley en 12 av. J.-C.), ou encore une supernova pour se rapprocher du comportement décrit: apparition, mouvement puis arrêt apparent.Cette vidéo en particulier, présentée par le juriste Rick Larson, explique beaucoup, et de manière absolument remarquable. Mais l'objet de cet article se concentrera sur la dimension spirituelle de ce phénomène extraordinaire.

Origène, dès le IIIe siècle, voit l'étoile de Béthléem comme une manifestation angélique ou une lumière surnaturelle visible uniquement aux mages, symbolisant l'appel de Dieu aux païens. Puis Saint Jean Chrysostome, au IVe siècle, insiste sur son mouvement miraculeux, rejetant les explications naturelles pour affirmer un miracle guidant vers le Sauveur.

Dans la tradition chrétienne, l'étoile est comprise comme un signe donné par Dieu aux nations païennes: les mages représentent le monde non juif guidé vers le Christ, «lumière» des peuples. Les Pères de l'Église y voient souvent un astre «nouveau», miraculeux, créé spécialement pour annoncer la naissance du Sauveur et signifier que toute la création participe à cet événement.

Dans la liturgie et l'iconographie, l'Étoile de Bethléem devient un signe de guidance spirituelle: elle orne crèches, sapins et coupoles, et demeure associée à l'Épiphanie où l'on célèbre la manifestation du Christ aux nations. La tradition insiste sur sa dimension de lumière qui guide, invitant le croyant à lire sa propre histoire comme une marche vers cette lumière, plus que comme une enquête sur un phénomène céleste datable.

Mais c'est Saint Augustin (IVe-Ve siècle) et Grégoire le Grand qui y discernent surtout une préfiguration de la lumière du Christ dissipant les ténèbres du péché, reposant sur l'étoile aux prophéties de l'Ancien Testament comme Nombres 2,:17: "une étoile sortira de Jacob", comme manifestation divine annonçant le Roi des Juifs et l'appel universel aux païens, incarné par les mages. Ces conférences multiples (littérale, morale, christologique) enrichissent remarquablement le récit en y voyant l'universalité du salut.

Pour Augustin, l'étoile est une créature exceptionnelle, apparue pour un temps limité, qui n'appartient pas à l'ordre ordinaire des astres. Elle se lève pour annoncer la naissance du Christ, puis disparaît lorsqu'elle a accompli sa mission, ce qui montre qu'elle n'obéit pas aux lois habituelles du ciel, mais à la volonté du Seigneur.

Selon lui, plus précisément, la connaissance progresse du signe extérieur (céleste) à l'interprétation intérieure: l'âme discerne le sens spirituel par la raison éclairée par la foi, dépendant du visible (étoile) à l'invisible (Christ), dans un mouvement de l'extérieur vers l'intérieur divin. C'est pourquoi Saint Augustin s'appuie principalement sur Nombres 24:17 et Matthieu 2:1-12 pour soutenir sa distinction entre signes célestes et miracles, voyant dans l'étoile un signe prophétique guidant vers le Christ.

Guidance divine

Saint Augustin insiste sur le comportement surnaturel de l'étoile de Béthléem – apparaissant, se déplaçant et s'arrêtant précisément – ​​comme une intervention de Dieu, distincte des astres ordinaires, préfigurant la Parole de Dieu dissipant les ténèbres du péché. Augustin rejette les explications astrologiques païennes, affirmant que ce signe confirme la divinité du Christ naissant.

Augustin s'oppose également à l'astrologie judiciaire: il refuse que le Christ soit «né sous l'influence» d'un astre, et affirme au contraire que ce sont les astres qui obéissent au Christ. L'étoile ne commande pas le destin du nouveau-né; elle est un «messager» qui révèle celui qui est le Créateur du ciel et de la terre, et met en échec les calculs des astrologues en conduisant ceux-ci à adorer non les astres, mais Dieu.

Signe et miracle de l'étoile de Béthléem

Saint Augustin distingue par ailleurs les signes célestes des miracles par leur nature, leur finalité et leur perception humaine, soulignant que les deux sont des interventions divines, mais avec des nuances dans leur mode d'action.​ Un signe est donc une chose sensible qui fait connaître une autre réalité invisible, comme l'étoile de Bethléem qui désigne le Christ naissant; il appartient à l'ordre des choses créées et parle à l'intelligence pour révéler Dieu.

Le miracle, quant à lui, est un événement insolite surpassant l'ordre naturel habituel (praeter usum naturae), manifestant directement la puissance de Dieu comme cause première, au-delà des causes secondes; il vise à produire ou confirmer la foi, comme les prodiges évangéliques.

Mais Augustin rejette une séparation absolue: les miracles sont des signes supérieurs parce qu'ils démontrent l'origine divine (par leur disproportion avec la nature), tandis que les signes ordinaires (même célestes) relèvent de l'ordre créé. Ainsi, l'étoile est un signe miraculeux, guidant sans violer les lois naturelles de manière flagrante.

Augustin souligne également que l'étoile ne suit pas la course habituelle des constellations: elle précède les mages, disparaît quand ils consultent les Écritures à Jérusalem, puis reparaît pour les conduire exactement jusqu'au lieu où se trouve l'enfant. Cette «intelligence» du signe montre, pour lui, qu'il s'agit d'une lumière guidée par Dieu, ordonnée à la révélation du Christ et à la pédagogie de la foi.

Saint Augustin lie la connaissance humaine aux signes célestes, en les aidant comme des médiations sensibles, révélant des vérités divines invisibles, stimulant l'intelligence pour l'ascension vers Dieu.​ Dans De Doctrina Christiana, Augustin définit les signes comme des choses perceptibles par les sens qui font signe vers une autre réalité, comme l'étoile de Bethléem qui guide les mages; ils élèvent la connaissance humaine limitée des corps vers l'esprit et la vérité éternelle.

Nombre 24:17 ("Une étoile s'élèvera de Jacob") fournit la base scripturaire du signe céleste comme annonce messianique, un signe visible révélant la divinité, sans être un miracle perturbateur de la nature.Dans ses sermons (ex. 372, 190), Augustin cite Matthieu pour décrire le comportement de l'étoile (apparition, mouvement, arrêt), la distinguant des miracles flagrants comme la Résurrection; il évoque aussi Jean 1:9 (lumière) pour le sens spirituel du signe véritable élevant l'âme.

Sermons sur la Nativité

Dans le Sermon 190 (ou 372 selon les numéros), Augustin relie l'étoile vue par les mages à la prophétie de Balaam: «Une étoile s'élèvera de Jacob, un sceptre se dressera d'Israël» (No 24, 17), voyant en elle l'accomplissement messianique guidant les nations vers le Christ.​ 

Il évoque également Isaïe 60,3: «Les nations marcheront à ta lumière» dans ses commentaires pour souligner l'universalité du signe, dépendant de l'Ancien et du Nouveau Testament dans une continuité divineSaint Augustin interprète Isaïe 60,3: «Les nations marcheront à ta lumière, et les rois à la clarté de ton levier», comme une prophétie de l'appel universel des païens vers le Christ, par l'étoile de Bethléem guidant les mages.

Dans ses sermons sur l'Épiphanie (ex. Sermon 202), Augustin voit en Isaïe la préfiguration de la lumière divine attirant les Gentils, distincte de la révélation aux Juifs; l'étoile incarne cette "lumière" prophétique illuminant les cœurs païens pour les mener au Sauveur.​ De nouveau, il lie cela à Nombres 24:17, formant un ensemble scripturaire où Isaïe annonce l'universalité du salut: les nations riches vers Sion (le Christ), symbolisant la conversion mondiale initiée par ce signe céleste.

Vision corporelle et spirituelle de l'étoile de Béthléem

Saint Augustin distingue la vision corporelle, qui perçoit les objets physiques par les sens extérieurs, de la vision spirituelle, qui forme des images intérieures de ces objets en leur absence, comme dans les rêves ou l'imagination.​ Cette vision sensible (visio corporalis) repose sur les yeux du corps et la lumière physique, captant des réalités matérielles présentes; elle est la plus basse, sujette aux illusions sensorielles et limitée au monde visible.

Plus élevée, la vision spirituelle (visio spiritualis) opère dans l'âme via des représentations imaginaires (phantasmata) des corps absents, indépendantes des sens actuels; elle médiatise entre le corporel et l'intellectuel, mais reste faillible si non jugée par la raison.​ C'est là qu'Augustin place la visio intellectualis au sommet, pour contempler les vérités divines incorporelles: la vision spirituelle élève de la chair à l'esprit, appliquée à l'étoile comme image guidant l'âme vers le Christ invisible.