Dieu dans les cieux : la poésie de l'univers

08/12/2025

Dieu est dans les cieux, et les cieux sont partout où Dieu est. Dans l'univers, dans la nature, dans l'homme... et dans la poésie à l'image de Dieu, miroir de l'émerveillement de l'homme face à la Création. Tant de poètes l'ont si fabuleusement exprimé, au summum de leur art divinement inspiré. Ainsi, Lamartine, avec Dieu, où l'univers est l'image divine: "Le jour est son regard, le monde est son image; Tout l'univers subsiste à l'ombre de sa main". Ou son La Prière, qui lie grandeur divine à la nature: "L'étendue à mes yeux révèle ta grandeur, La terre ta bonté, les astres ta splendeur"... Sélection de quelques poèmes inspirants.

Nuits étoilées 

Je passe la plus grande partie de la nuit sur le pont. Les étoiles familières de nos latitudes penchent sur le ciel, l'étoile polaire descend de plus en plus sur l'horizon nord. Orion - ma constellation - est au zénith, la Voie lactée comme une fente lumineuse s'élargit chaque nuit. Le Chariot est une petite brume, le Sud est de plus en plus noir devant nous, et j'attends avec impatience l'apparition de la Croix du Sud à l'est. Pour me faire patienter, Vénus a doublé de grandeur et quintuplé d'éclat comme la lune, elle fait une traînée sur la mer. Cette nuit, j'ai vu tomber un bolide... (Blaise Cendrars)

Nuit étoilée sur le Rhône - Van Gogh

La genèse universelle

Il est des soleils d'or, des mondes de platine, des univers de scharl, de quartz, de serpentine, des cosmos de graphite et des feux de feldspath, de sodium de gneiss, d'argent et de grenat. Chacun a ses rayons, ses teintes colorées, de la pourpre solaire aux lueurs azurées. Les blancs charbons ardents sont faits de diamants, ces diamants soleils brûlent des cent mille ans; les astres d'or sont teints d'une flamme verdâtre, ils brûlent tous, ils ont l'immensité pour âtre. Et l'effroyable, intense, immortel brûlement fait la vie et la mort, la joie et le tourment. Algol, l'Hydre, Méduse et l'Étoile Céphée sont des astres tournants éclairant par bouffée, comme les écueils les phares de la nuit. (Strada)

Genèse - John3seven

Voix lactée

Voix lactée ô soeur lumineuse, des blancs ruisseaux de Chanaan, et des corps blancs des amoureuses, nageurs morts suivrons-nous d'ahan, ton cours vers d'autres nébuleuses. Les démons du hasard selon le chant du firmament nous mènent, à sons perdus leurs violons font danser notre race humaine, sur la descente à reculons. Destins destins impénétrables, rois secoués par la folie, et ces grelotantes étoiles, de fausses femmes dans vos lits, aux déserts que l'histoire accable. (Guillaume Appolinaire)

Les yeux

Mais alors, astres chers - oh! laissez-nous le croire! Les yeux: fragments d'étoile ici-bas égarés, tous les yeux morts, les yeux flétris, les yeux navrés, retourneront au ciel dans un grand vol de gloire! Et, graves, clairs, joyeux, pleins d'espoirs sans pareils; de lumières d'amour et d'extases rythmiques, ils iront se dissoudre aux grands creusets cosmiques où dieu fait bouillonner des âmes de Soleils. (Jean Rameau)

Le génie de l'homme

Mais Saturne, exilé sur les confins des Cieux, m'appelle en ces déserts froids et silencieux, où, loin de son berceau, va mourir la lumière. C'est là qu'il languirait dans sa lente carrière, si, la nuit, l'entourant d'un cortège enflammé, sept lunes n'éclairaient ce globe inanimé. C'est peu: d'un double anneau l'écharpe lumineuse, rassemblant du Soleil la lueur nébuleuse, unit, groupe ces feux et pâles et flottants, et les change bientôt en miroirs éclatants, d'où Saturne reçoit et la flamme et la vie. (Charles de Chênedollé)

Un chant de la terre qui roule

Enlaçant l'homme, enlaçant tout, s'avancent les 365 irrésistiblement autour du soleil; enlaçant tout, apaisant, soutenant, suivent de près 365 rejetons des premiers, sûrs et inévitables comme eux. Roulant avec constance, ne redoutant rien, soleil, tempête, froid, chaleur, roidi à jamais, passant, charriant, de la conception et détermination de l'âme toujours s'enrichissant. Le vide fluide autour et en avant toujours pénétrant et divisant, sans entrave pour le retarder, sans ancre à mouiller, sans roc pour y buter. Vite, joyeux, content, défiant le manque et la perte, de tout à toute heure habile et prêt à rendre un compte exact, le divin navire fend la divine mer. (Walt Whitman)

De la nature

Parmi les choses répandues au hasard, le plus beau: le cosmos. L'Harmonie invisible plus belle que la visible. Nature aime se cacher. Toutes choses sont convertibles en feu et le feu en toutes choses, tout comme les marchandises en or et l'or en marchandises. Le cosmos, le même pour tous, ni un dieu ni un homme ne l'a fait. Mais il était toujours et il est et sera feu éternel, s'allumant en mesure et s'éteignant en mesure. (Héraclite)

Dissertation astronomique de Béatrice

La nature du monde, qui arrête le milieu et fait mouvoir tout le reste autour, commence d'ici comme de sa limite. Et ce Ciel n'a pas d'autre espace que l'Esprit divin auquel s'allume l'amour qui le fait tourner et la vertu qui le fait pleuvoir. La lumière et l'amour l'entourent d'un cercle, comme lui les autres; et cette enceinte, celui qui la forme la comprend seul. Son mouvement n'est déterminé par aucun autre; mais celui des autres se mesure sur celui-ci, ainsi que dix sur sa moitié et sur son cinquième. Et à présent tu peux comprendre comment le temps a ses racines dans ce vase, et son feuillage dans les autres. (Dante)

Oméga

Qui peut comprendre? Ici le cercle parle, lui sans début et sans fin, sans ailes et séparant du monde son espace pour un jeu pur. Ici l'on ne sait pas ce qu'est un mensonge. Un concept inconnu, clair en ces lieux dans le cercle parfait. Qui le traça? L'oiseau, le géomètre? Un homme court après lui-même. Athlète sans un relais, sans autre but que d'être, de se rejoindre à travers ses contraires. Il est prunelle. Il est soleil et lune. Son territoire est tracé par les astres. Qu'un dieu l'efface et naît le mot néant. Nous célébrons, nous vénérons le cercle. (Robert Sabatier)