Dieu en métaphysique : très simple !
La métaphysique sera vu ici comme la recherche des causes premières, mais aussi la connaissance rationnelle des réalités transcendantes, au travers notamment des conceptions des philosophes propres à ces domaines. Dans ce cadre, la théologie rationnelle étudie Dieu comme Être parfait, le principe de toute réalité et de tout idéal. Le théisme soutient qu'il y a un Dieu distinct du monde, Créateur du monde et Providence. Le panthéisme considère que Dieu est identique à l'ensemble des réalités. L'athéisme soutient qu'il n'y a pas de Dieu. Le criticisme voit dans l'affirmation de l'existence de Dieu un postulat de la raison pratique. Le positivisme considère l'Humanité comme le Grand Être. Le pragmatisme justifie la croyance en Dieu par les bienfaits moraux qui en résultent. Et l'intuitionnisme ne démontre pas Dieu: on l'expérimente, on le vit.
La théologie rationnelle
La théologie rationnelle étudie le problème de Dieu. Dieu est conçu comme l'Être parfait; il est existence et perfection (la perfection étant la plénitude de l'être); il est le principe de toute réalité et de tout idéal. Les métaphysiciens considèrent Dieu comme absolu, c'est à dire inconditionné (il existe en soi et par soi), éternel (en dehors du temps), infini (hors de toute limite).
On a précédemment identifié au besoin d'infini le sentiment religieux. Les religions historiques et certaines philosophies pénétrées d'infini ont cherché ou cherchent à satisfaire cette tendance profonde de la conscience humaine. Mais les métaphysiciens ne sont pas d'accord sur le problème de Dieu. Le théisme, le panthéisme, l'athéisme s'opposent. Le criticisme, le positivisme, le pragmatisme et l'intuitionnisme présentent aussi des solutions intéressantes.
Le théisme
Le théisme, appelé parfois déisme, soutient qu'il y a un Dieu distinct du monde, Créateur du monde. C'est la théorie des philosophes spiritualistes: il y a en l'homme une âme immortelle, distincte et indépendante du corps. Dieu est alors une personne. Il n'a pas seulement des attributs métaphysiques (il n'est pas seulement absolu, éternel, infini); il a des attributs moraux: il est Volonté infinie Intelligence infinie, Amour infini. Il est, comme l'écrit Leibniz, "parfait en puissance, en sagesse et en bonté".
Le théisme démontre l'existence de Dieu par un grand nombre d'arguments. On nomme arguments métaphysiques, des arguments a priori, reposant sur l'idée de parfait ou d'infini. Descartes ne fait intervenir que ces arguments. Il ne peut, pour prouver Dieu, s'appuyer ni sur le monde extérieur - dont il doute tant qu'il n'a pas établi l'existence de Dieu et la véracité divine - ni sur la morale, qui, pour lui, doit résulter de la métaphysique.
D'abord l'argument ontologique, parce que l'affirmation de l'existence de Dieu résulte de son essence même. Cet argiment a été formulé notamment par Saint-Anselme et par Descartes. Dieu est, par essence, par définition, l'être parfait; l'existence st une perfection; Dieu, ayant toutes les perfections a aussi nécessairement l'existence.
Cette preuve a été exposée, sous une forme moins logique et plus sentimentale, par certains disciples de Descartes, comme Bossuet. L'être imparfait, c'est à dire celui qui a en lui un minimum d'être, existe; comment l'Être parfait, celui qui a en lui la plénitude d'existence, ne serait-il pas? Si l'être l'emporte sur le néant, la perfection doit l'emporter sur l'imperfection.
Puis l'argument basé sur le principe de causalité appliqué à l'idée de parfait (il est, aussi, formulé par Descartes). Tout ce qui existe a une cause, et il faut qu'il y ait dans la cause au moins autant de réalité que dans l'effet. J'ai en moi l'idée de parfait; elle ne peut venir ni de moi, qui suis imparfait, ni de l'univers dont l'existence objective est douteuse tant que Dieu n'est pas démontré et qui, s'il est, est imparfait. L'idée de parfait ne peut venir que d'un Être parfait.
D'autres preuves sont a posteriori. D'abord l'argument cosmologique, basé sur le principe de causalité appliqué au monde extérieur. Cette preuve a pris différentes formes, depuis qu'Aristote a montré la nécessité d'un premier moteur pour expliquer le mouvement. Selon Aristote, le monde est un ensemble de mouvements. Tout mouvement suppose un moteur. Mais en recherchant la cause du mouvement, on ne peut remonter à l'infini, "il faut s'arrêter". On s'arrête au moteur immobile, Dieu. Pour Aristote (interprété par Ravaisson), "le monde est une pensée qui ne se pense pas, suspendue à une pensée qui se pense".
Donc le monde est, mais il est contingent. Il aurait pu ne pas exister ou il aurait pu être différent. Mais il faut qu'il ait une cause, une cause nécessaire, à laquelle l'esprit, ne pouvant remonter indéfiniment de contingence en contingence, puisse s'arrêter. C'est l'Être absolu, Dieu. Bossuet écrit: "Qu'il y ait un seul moment où rien ne soit, éternellement rien ne sera".
Ensuite, l'argument téléologique, l'argument de la finalité. Le monde présente une merveilleuse harmonie: les phénomènes apparaissent notamment dans le domaine de la vie, comme des moyens adaptés à une fin. Or, une harmonie, un système de moyens et de fins, suppose une cause intelligente. Le monde a été créé par Dieu.
On ajoute parfois une preuve psychologique tirée du consentement universel. L'homme est "un animal religieux" selon la définition du biologiste De Quatrefages. Tous les peules ont, plus ou moins nettement, cru en des Dieux ou en un Dieu. L'homme "borné dans sa nature" est, selon Lamartine, "infini dans ses voeux""; il tend à l'union avec Dieu.

