"Dr Peyo" : le cheval soignant et ange gardien

11/05/2026

"Dr Peyo" est un cheval touché par la grâce. En sa présence, et celle de son dresseur Hassen Bouchakour, un malade d'Alzheimer retrouve la mémoire, un patient cloué au lit remarche, une femme âgée ne parlant que le hongrois se met à parler français... Quelque soit le service de santé qu'il visite depuis des années, l'équipe soignante enregistre les mêmes progrès sur les malades, après qu'il ait détecté la fin de vie chez la personne. Découvrez le cadre de cette incroyable aventure: l'association Les sabots du coeur - La vie dans la fin de vie.

Comment fait Peyo? Nul ne le sait. Mais chacune de ses visites semble avoir des effets miraculeux pour tous les patients concernés. (Hassen Bouchakour)
Quand vous voyez cet animal se diriger spontanément vers une personne qui souffre, se poser devant elle, fermer les yeux comme en communion avec elle, c'est absolument magique!

D'où vient cette extraordinaire empathie que développe cet étalon (de 14 ans en 2019), permettant "soigner" les patients de maisons de retraite et de cinq hôpitaux en France? Une connexion incroyable, unique, entre un cheval et des humains, réinsufflant la vie, jusqu'au dernier souffle. Après 4 ans de recherches et après avoir testé plus de 500 chevaux ces dernières années (dont ses propres poulains), les médecins et vétérinaires n'ont pu observer un tel fonctionnement cérébral que chez Peyo.

C'est magique. Je peux pas dire mieux, c'est magique, c'est fantastique, c'est extraordinaire. On obtient des résultats qu'on ne peut pas obtenir en temps normal. (Sandrine Bougenot, aide-soignante)

Voici donc un cheval dans l'ascenseur du Service de gériatrie, à l'hôpital de Calais. Avec son ami Hassen Bouchakour, ce bel étalon alezan cuivré rend visite aux patients. Cinq ans déjà que le personnel soignant, émerveillé, constate que leur présence fait retrouver l'appétit, le sommeil, le sourire, mais aussi les souvenirs aux patients et toute une série d'améliorations inespérées. 

Le "Dr Peyo" a fait plus que tout ce que l'on avait pu faire pour ce patient jusqu'alors...

Le Dr Cécile Baelen-Teacher, chef de service de l'unité e soins palliatifs du centre hospitalier de Calais, témoigne. "La première fois que le cheval est entré dans les chambres, on a vu quelque chose se passer, des choses incroyables. Un jeune patient, hélas en phase terminale, avec une souffrance physique et psychologique très importante, totalement renfermé sur lui-même, s'est connecté d'un seul regard avec Peyo. L'animal s'est arrêté devant lui, et tout s'est arrêté. On a même senti qu'il fallait qu'on sorte de la chambre. On a retrouvé le patient ensuite véritablement rayonnant, apaisé comme jamais les médicaments n'avaient pu le faire. Un dialogue invisible s'est noué entre le cheval et le patient. Le 'Dr Peyo' a fait plus alors que tout ce que l'on avait pu faire pour ce patient jusqu'alors, poursuit le médecin, très émue, mais surtout heureuse d'avoir pu assister à cette rencontre inédite.

En liberté dans les couloirs, il faut le voir pour le croire: le "cheval médecin" choisit librement ses patients, comme aimanté par certains. Mais ce sont toujours des personnes affaiblies moralement, physiquement et psychologiquement. Il rentre dans leur chambre, les renifle, localise la zone malade, la lèche souvent pour l'apaiser. Attention: «Ce n'est pas de la zoothérapie, s'il n'a pas décidé d'aller voir quelqu'un, rien n'y fera, précise Hassen. Si vous insistez, il voudra partir. Il faut accepter de faire confiance à son instinct».

Plus étonnant encore: aucun des patients ne semblent étonnés de voir Peyo débarquer ainsi dans leur chambre. Peut-être parce que «ce sont des personnes réduites à un état primaire, comme l'animal. Comme déconnectées (de notre réalité, de notre vision sociale habituelle). Alors pour elles, Peyo n'est pas un cheval de spectacle, mais d'emblée un ami, un protecteur».

Un cheval doté d'une extraordinaire empathie

Tout commence en 2011, lorsque Hassen, cavalier danseur, cherche une relève pour ses chevaux de spectacle. On lui présente cet étalon «fait pour lui». «Il était hypersensible, très nerveux, montait vite dans les tours, exactement comme moi!» Pourtant, entre ces deux êtres à fleur de peau, au début, le courant passe mal. «La moindre erreur prenait des proportions incroyables. Il me mettait par terre, devenait impossible à gérer». 

C'est parce qu'il est accidenté plus jeune, qu'on le prénomme « Peyo », ce qui signifie « serpillière » dans un patois du sud. Et il faut dire que son comportement avec ses congénères n'était pas non plus très habituel. Agressif avec eux, il s'isolait et semblait totalement être «dans son monde», comme autiste. Avec les humains, il était fidèle à lui-même: il évitait le contact pour profiter de la solitude. Cette timidité était mise sur le coup d'une certaine asociabilité.

Hassen remet alors son étalon en vente. Mais un jour, lors d'une présentation, il a un déclic. «j'ai lâché prise avec lui et cessé de vouloir lui imposer ma vision des choses. A partir de là, il a collaboré avec moi, tout est devenu facile. Aujourd'hui, j'ai juste à penser, et il fait le reste.» Depuis, les deux ne se quittent plus d'un sabot. «C'est mon ombre!», sourit Hassen.

Très vite, l'étalon a alors montré une sensibilité particulière envers les personnes fragiles ou malades. «Je ne comprenais pas pourquoi, dit Hassan, car il n'était ni gentil ni câlin, mais il se dirigeait toujours vers les mêmes personnes lorsque nous étions en représentation ou en promenade, toujours doux et protecteur. Un jour, il s'est collé au chemisier d'une dame, qui m'a ensuite raconté avoir un cancer. Un autre jour, il a tiré la perruque d'un enfant du public, qui a éclaté de rire»...

Un cheval qui détecte les tumeurs

C'est que Peyo est capable de détecter les tumeurs, et même la mort. Un jour, il décèle un cancer chez un proche de son dresseur. Et «son amitié pour cette personne n'a cessé de grandi au fur et mesure de l'ampleur prise par les métastases. Grâce à lui, on parlait moins de la maladie, on se concentrait sur sa bienveillance».

C'est à partir de là que Hassan est comme appelé à une vocation: veiller les malades. Il fonde en 2016 l'association Les Sabots du cœur (La vie dans la fin de vie), en s'entourant de scientifiques - neurologues, psychiatres, comportementalistes animaliers etc. Un protocole sanitaire strict est mis au point pour mener une étude sur cinq axes: la pédiatrie, la psychiatrie, la gériatrie, Alzheimer et les soins palliatifs. 

Parmi les grandes questions: «quel est ce taux vibratoire, cette fréquence, commune à tous ces patients, qui fait que Peyo est attiré par eux et qui lui donne envie de les protéger?» 5 hôpitaux, 150 chercheurs et soignants, 40 bénévoles font partie de l'aventure. L'association est notamment sollicitée pour participer à la formation des professionnels de santé (Université Paris-Sorbonne, DU Soins Palliatifs de l'Institut Catholique de Lille, Formation des Infirmiers à l'IFSI de Calais).

Un cheval qui fait du bien

«Salut Docteur Peyo!», lancent des infirmiers dans les couloirs. France, parmi eux, travaille dans le service de soins palliatifs de l'hôpital. Elle l'avoue, elle était sceptique au départ quant à la venue d'animaux et aux bienfaits pour les patients. Mais elle a totalement changé d'avis avec Peyo. «Je l'ai vu faire ouvrir les yeux à un patient qui refusait de le faire, qui les avaient complètement clos; redonner l'envie de manger à un autre, alors qu'il ne s'alimentait plus; illuminer le regard des patients qui le connaissent dès qu'ils entendent son pas... Peyo est pour moi un soignant à part entière, un collègue.»

En plus de cinq ans, les chercheurs et les soignants ont pu en effet constater des avancées notables sur tous les patients visités: améliorations des troubles du comportement ou de la mobilité, apaisement, stabilisation de leur rythme cardiaque, échanges plus rationnels et concrets avec eux, diminution de la prise de morphine et d'anxiolytiques...

Hassan commente: «Dans le cas d'Alzheimer, le but est de créer un choc émotionnel. De comprendre aussi pourquoi certains souvenirs remontent, certains inconnus d'ailleurs de la famille des patients. Les personnes âgées de 70 à 110 ans ont connu les chevaux. Beaucoup ont vécu près d'eux, survécu grâce à eux. Cela permet d'ouvrir les tiroirs de la mémoire, de diminuer les troubles cognitifs. De stimuler le corps aussi: en voyant Peyo, certains se lèvent et marchent avec lui.»

Veiller jusqu'à la fin

Tel Pégase, le cheval mythologique qui monte les âmes vers l'au-delà, Peyo «a un instinct incroyable et le don d'aller vers les personnes qui sont le plus mal et qui sont sur le point de partir», raconte France. 

Mais le duo qu'il forme avec Hassan est tout aussi remarquable. Ainsi, ce dernier voit une jeune femme entrer en pleurant dans l'espace réservé aux familles, et il va immédiatement la voir, lui propose un café, en fait pour tout le monde. «L'hôpital, c'est ma deuxième maison », lance-t-il avec ce sourire qui ne semble pas le quitter.

Avec Peyo, il s'est vraiment découvert une vocation. «Je n'avais pas prévu ça. J'ai 30 ans (en 2019), avant ma vie, c'était le spectacle, les galas, les strass et les paillettes.» Chaque mois, Hassen veille jusqu'à la fin une quinzaine de patients en fin de vie choisis par Peyo, dont une majorité d'enfants. «Il n'y a rien de pire que quelqu'un qui va mourir seul, et de plus humain que d'être présent à ce moment-là. C'est un honneur d'être là pour les accompagner à partir.»

Très concrètement, une fois les patients détectés, Hassan prend le relais de Peyo pour apporter et organiser la vie dans la fin de vie: cerner les angoisses, réaliser les derniers rêves, trouver des solutions financières ou matérielles pour les familles les plus précaires, préparer les corps des défunts (thanatopraxie) et organiser les enterrements. L'association vient également en aide aux indigents partout en France afin d'éviter le placement en fosse commune et leur offrir une sépulture digne.

Comment tient d'ailleurs ce «fou de la vie», comme il se définit, lui qui caracole du feu des projecteurs à ce qu'il peut y avoir de plus intime chez les êtres humains en fin de vie? Régulièrement, il va galoper avec Peyo à la plage de Calais. Une bulle d'aération dans un quotidien à l'hôpital parfois difficile. «Bien sûr, il m'arrive d'être atteint. Mais c'est déconcertant à quel point les choses se font naturellement. C'est la vie. Avant, les gens mouraient à la maison. Si c'est si dur, c'est aussi que dans notre société, nous sommes isolés de la mort, nous la voyons comme un drame. C'est une chance de pouvoir veiller quelqu'un, de rester à côté de lui et de lui dire 'ne t'inquiète pas, tu peux partir. Nous te t'oublierons pas'».

Puis je vis le ciel ouvert, et voici, parut un cheval blanc. Celui qui le montait s'appelle Fidèle et Véritable, et il juge et combat avec justice. (Apocalypse 19,11)
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