Enquête sur la mort de Jésus

21/12/2025

Enquête sur la mort de Jésus de Victor Loupan et Alain Noël est un remarquable "dossier d'instruction" qui reconstitue les dernières heures du Christ en croisant archéologie récente, exégèse des Évangiles et contexte politico-religieux. Une méticuleuse "enquête policière" qui permet de vivre les évènements en présence de tous les témoins. Avec deux intérêts majeurs: la positivité universelle et la responsabilité collective de l'évènement.

Dimension positive

Le livre met en lumière comment la Passion, malgré sa violence, a posé les bases d'une nouvelle alliance, unifiant Juifs et païens dans une perspective de réconciliation et de foi universelle, sans accuser collectivement mais en soulignant l'humanité partagée des acteurs. Cette approche immersive, via archéologie et exégèse, rend les Évangiles vivants et instructifs sur les mœurs antiques, favorisant une compréhension apaisée loin des polémiques.​

Aspect divin

La crucifixion apparaît divine par son impact transcendant: un "dossier christologique" qui décrypte la résurrection implicite comme victoire sur la mort, changeant la face du monde et invitant à une contemplation spirituelle positive, où le sacrifice de Jésus élève l'humanité. Les auteurs insistent sur ce mystère rédempteur, contextualisé historiquement pour renforcer sa portée théologique bienveillante.

Positivité de la Passion

Victor Loupan et Alain Noël définissent la positivité de la Passion comme sa capacité à transformer un drame humain violent en événement fondateur de réconciliation et de foi universelle, unifiant Juifs, Romains et l'humanité entière au-delà des conflits. La divinité réside dans le sacrifice rédempteur de la croix, perçu comme un plan transcendant les motivations politiques et religieuses des acteurs, révélant un salut divin qui élève l'humanité par delà la mort physique.​

Positivité historique

Les auteurs voient la positivité dans l'impact civilisationnel: la mort de Jésus, loin d'être une simple exécution, pose les bases d'une nouvelle alliance spirituelle apaisée, analysée via archéologie et exégèse pour dissiper les polémiques et favoriser une compréhension bienveillante des mœurs antiques.​

Divinité théologique

La divinité s'exprime par le mystère salvateur implicite dans les Évangiles – résurrection et victoire sur la mort –, où la crucifixion devient acte d'amour divin co-créateur, invitant à contempler un dessein providentiel qui transcende les faiblesses humaines et change la face du monde.

En suivant le Christ pas à pas, en vivant avec lui les derniers instants de sa vie d'homme, en pénétrant les arcanes de son monde, c'est dans la part juive de notre héritage spirituel que nous plongions chaque jour davantage; c'est à elle que nous rendions hommage à chaque phrase, page après page. Cela peut paraître curieux et pourtant cette vérité s'est imposée comme une évidence quand le travail  était déjà bien avancé. Comme si quelqu'un nous l'avait soufflée, pour nous ouvrir les yeux. Comme si quelqu'un avait guidé nos pas sans que nous le sachions. (Victor Loupan et Alain Noël)

Qui a tué Jésus et pourquoi? Une responsabilité collective.

Victor Loupan et Alain Noël avancent des arguments historiques et archéologiques pour expliquer la mort de Jésus comme un drame multifactoriel impliquant Juifs et Romains dans la Galilée occupée vers l'an 30. Ils insistent sur les motivations politiques des grands prêtres comme Caïphe, craignant une révolte anti-romaine, et sur le rôle pragmatique de Pilate pour maintenir l'ordre.​ 

Les auteurs mettent donc en lumière les motivations des grands prêtres, scribes, Ponce Pilate et de la foule, sans accuser un groupe entier, pour décrypter la Passion comme un drame complexe.​ Ce qui rejoint les clarifications de Vatican II sur la non-culpabilité collective du peuple juif, ce qui en fait aussi un travail utile contre l'antijudaïsme chrétien traditionnel.

Rôle des juifs

Les leaders religieux, comme Caïphe, craignaient une révolte contre Rome provoquée par Jésus, justifiant son arrestation pour sauver la nation, selon les Évangiles et analyses exégétiques citées. Judas facilite la capture, tandis que le Sanhédrin cherche des faux témoignages, révélant des tensions internes au judaïsme.​

Lazare : le miracle de trop. La résurrection de Lazare, miracle réalisé par Jésus à quelques kilomètres à peine de Jérusalem, a joué un rôle décisif dans la décision des autorités juives en leur faisant prendre conscience de l'ascendant du Galiléen  sur une foule judéenne : "Jésus rend grâce non pas au moment où Lazare est rendu à la gie , mais lorsque l'assistance endeuillée  accepte d'ouvrir  le tombeau nauséabond, ce qui a un tout autre sens : l'assistance a cru à la parole de Jésus, avant même le spectacle d'un miracle" (É. Nodet)...
...C'est le constat de cette emprise de Jésus sur la foule qui déclenche l'opération éradicatrice des autorités de Jérusalem: "Dès ce jour là donc, ils résolurent de le tuer" (Jean 11, 53). Résolution renforcée après le retour de Jésus à Béthanie, avant la dernière Pâque: "La grande foule des juifs apprit qu'il était là, et ils vinren, pas seulement pour Jésus, mais aussi pour voir Lazare qu'il avait ressuscité d'entre les morts. Les grands prêtres décidèrent de tuer aussi Lazare, parce que beaucoup de juifs , à cause de lui, s'en allaient et croyaient en Jésus" (Jean 12, 9).

Rôle des romains

Pilate, malgré son hésitation, ordonne la crucifixion pour maintenir l'ordre, exécutée par des soldats romains, dans un climat d'occupation où les Romains punissaient les troubles potentiels. Les auteurs insistent sur le contexte politique et économique partagé.​

Celui qui discerne le plus profondément l'antagonisme séparant Jésus et Pilate est bien Jean, souligne Joseph Blinzler. La question "Qu'est ce que la vérité?" creuse l'abîme qui sépare Jésus de son juge. (...) Dans la conversation avec Pilate, aucune entente n'est possible. Pilate ne se préoccupe pas de la vérité, mais il met la vérité en question. Pour lui, ce n'est pas la vérité qui compte, mais seulement le pouvoir. Celui qui détient la puissance est dans son droit et possède donc la seule vérité utile: la vérité, c'est ce qui est profitable à Rome." (...) (Par conséquent,) le motif officiel de la condamnation de Jésus ne peut être que politique: il s'agit d'appliquer à Jésus la peine prévue, pour le crimen laesae majestatis, par la Lex Julia dont on fait sous Tibère un usage excessif... 
...En Italie, la peine est (au choix) la crucifixion , les bêtes du cirque ou la déportation dans une île; dans les provinces, c'est la crucifixion seulement. (...) Mais un problème se pose , car Jésus n'est pas fiché comme "politique" par les autorités occupantes de Judée. (...) On peut en déduire que Pilate exécute Jésus sous un prétexte judiciaire auquel il ne croit pas lui-même. Or pour envoyer Jésus en croix sans motif, Pilate a forcément une vraie raison. Dans son esprit, cette affaire est le support d'une opération politique, qu'il mène sur les grands prêtres. Si ceux-ci finissent par lui déclarer - en échange de la crucifixion de Jésus - que pour eux "il n'existe pas d'autre roi que César", alors Pilate aura réussi un joli coup.

Rôle de la foule

La foule joue un rôle de pression décisive lors du procès devant Pilate, en criant «Crucifiez-le!», sous manipulation probable des autorités religieuses, mais sa responsabilité reste limitée et non collective pour l'ensemble du peuple juif. Victor Loupan et Alain Noël analysent cela dans un contexte historique précis, où la foule manipulée amplifie les enjeux politiques et religieux sans être l'instigateur principal.

Comment se fait-il que ces gens du peuple, qui, le dimanche précédent, acclamaient Jésus comme le Messie, soient devenus au cours du procès ses adversaires déclarés? L'activité des sanhédrites et la popularité de Barabbas expliquent bien des choses mais pas toutes. Les gens auraient pu réclamer Barabbas, et pour le reste, ne manifester aucun intérêt à Jésus. Cette revendication: "Donne nous Barabbas!" ne signifie tout de même pas : "Crucifie Jésus!" (...) Le refroidissement radical de l'esprit du peuple, survenu dans le cours de la nuit, a visiblement sa raison principale dans le fait de la condamnation de Jésus par un tribunal indigène... 
...Le respect de la loi sainte donnée par Dieu était trop profondément ancré au coeur du peuple pour que celui-ci ait pu accorder sa sympathie à un homme que cette loi, par l'intermédiaire de ses gardiens et interprètes légitimes, avait condamné sans appel. Aussi, fut-ce chose facile pour les sanhédrites de persuader la masse d'accepter leur mot d'ordre impitoyable. (...) Même si une poignée de crieurs déchaînés ou de créatures assujetties et payées par le grand prêtres et sa clique ont poussé effectivement un tel cri, on ne peut pour autant imputer ce déchainement (organisé) de la colère du peuple à la totalité des juifs de Jérusalem, ni aux pèlerins, ni à la totalité de la population juive du pays, qui n'avait pas la moindre idée des évènements en cours; les communautés dispersées d'Alexandrie à Rome n'étaient en rien concernées, elle non plus, et les Juifs des générations suivantes le seront encore moins" (S. Ben-Chorin)