Guillaume de Coincy: l'avocat d'affaires devenu prêtre

28/06/2026

Touché par un appel intérieur fulgurant le 17 octobre 2018, l'avocat d'affaires Guillaume de Coincy a choisi de répondre un "oui" total et joyeux à sa vocation de prêtre, porté par une force divine qu'il n'aurait jamais imaginée. Son ordination a eu lieu le samedi 27 juin 2026 à 9h30 en la cathédrale Notre-Dame de Paris, par Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris. Bien après qu'un Gautier de Coincy - le prénom Guillaume est un dérivé de Gautier - fut sacré prêtre au XIIème siècle. Il témoigne pour nous tous, écoutons-le.

"Je n'en avais pas du tout envie"

"Je m'appelle Guillaume de Coincy, je suis né à Bordeaux, le 5ème d'une famille de 6 enfants. Mes parents sont croyants, nous allions à la messe tous les dimanches. J'ai donc été baptisé enfant, j'ai eu la chance de recevoir ensuite les autres sacrements et de voir grandir ma foi dans le cadre du scoutisme et de l'aumônerie. J'avais à l'époque une relation assez naturelle avec le Seigneur.

La question de devenir prêtre a été présente depuis la fin de l'enfance, mais à l'adolescence et ensuite, je n'en avais pas du tout envie. Je préférais plutôt faire comme tout le monde. Quelque part, j'ai fait tout ce que j'ai pu pour ne pas y penser et donc n'avoir pas à répondre à l'appel. Je me demandais comment les prêtres faisaient pour accepter de tels renoncements pour leur vie, je me disais qu'il fallait être fou pour s'engager sur ce chemin.

Guillaume de Coincy avocat

"Je suis devenu avocat d'affaires"

Après mes études de droit à Paris, je suis devenu avocat et j'ai travaillé pendant 8 ans en contentieux des affaires dans un cabinet parisien prestigieux. C'était un métier que j'aimais, qui m'apportait beaucoup de choses au plan personnel même s'il a fallu travailler dur. C'est un moment où, même si je continuais à croire en Dieu, je n'allais presque plus à la messe. Je priais assez peu, même s'il me semble n'avoir jamais totalement arrêté de prier. C'était une prière d'enfant, celle que j'avais apprise quand j'étais petit. 

Et puis j'ai eu des soucis de santé que je ne comprenais pas, j'ai rompu des fiançailles en 2017... Cela a été pour moi des moments difficiles, mais qui m'ont permis aussi d'avancer. Je me suis posé la question de savoir si ma vie était celle que j'aurais choisi, s'il n'y avait pas un décalage entre ce que j'aurais voulu vivre et ce que je vivais effectivement. A ce moment-là, je me suis rendu compte que Dieu était à la dernière place dans ma vie, et non à la première place là où j'aurais aimé qu'il soit.

L'appel du 17 octobre 2018: "Est-ce que tu acceptes de devenir prêtre?"

C'est alors, quelques semaines plus tard, que j'ai reçu un appel très fort à devenir prêtre de la part du Seigneur. Il m'a parlé dans mon cœur pendant assez longtemps, sans que je sache ce qu'il m'a dit. Et puis à ma grande surprise, il m'a dit, directement dans mon cœur: «est-ce que tu acceptes de devenir prêtre?». Instantanément, de tout mon cœur, j'ai répondu «Oui!». Et à ce moment- là, une joie immense m'a envahi, et j'ai pleuré de joie. J'étais stupéfait, car je n'avais jamais imaginé que Dieu puisse se manifester ainsi dans ma vie et je ne comprenais pas pourquoi c'était mon cœur, et non ma tête, qui avait pu répondre. 

Le Seigneur attendait certainement le moment propice pour me faire entendre et accepter, cette fois pour de bon, son appel à le suivre dans la vocation qu'il a, je crois, voulue pour moi. Cela a certainement été la plus belle décision de ma vie. Pourtant sur le moment, c'était pour moi comme sauter dans le vide. Comment et à qui en parler? L'Église allait-elle accorder du crédit à cet appel qui s'imposait à moi? Qu'allaient penser ma famille, mes amis et mes collègues?

J'ai commencé à retourner à la messe, et puis trois semaines plus tard j'ai demandé au Seigneur un deuxième signe pour avancer, qu'il m'a donné immédiatement. Du coup, j'ai décidé d'y aller. J'ai commencé à en parler à mon parrain – ce qui m'a permis pour la première fois de mettre des mots sur cet appel – puis j'ai contacté le service des vocations du diocèse de Paris, j'ai raconté mon histoire en me disant que sans doute, l'on ne croirait pas ce qui m'était arrivé... et le prêtre qui m'a reçu m'a parfaitement cru! 

Guillaume de Coincy séminariste

J'ai fait ensuite avec eux une retraite spirituelle de quelques jours, qui m'a rendu profondément heureux, ce qui a confirmé mon choix. Tout s'est ensuite enchaîné très naturellement. Mon entourage personnel et professionnel a fait preuve d'une grande bienveillance envers moi, y compris les personnes n'ayant pas la foi. Et puis, le Seigneur m'a donné une grande joie qui ne m'a pas quitté et qui m'a rassuré sur le fait que j'avançais dans la bonne direction.

Tout n'a pas été facile pour autant: il a fallu quitter des personnes que je côtoyais tous les jours depuis des années et un métier dans lequel je m'épanouissais. La vie au séminaire suppose une part d'abandon et d'obéissance afin que le Seigneur puisse façonner nos cœurs. Mais je ne regrette en rien de m'être lancé dans cette grande aventure!

La Vierge Marie est très importante pour moi, elle est pour moi une mère qui prend soin de moi et m'amène à Jésus. Je crois que je dois ma vocation à sa prière et à la sainteté sans tâche de sa vie. J'essaie, spirituellement, de me tenir proche d'elle, je prie le chapelet chaque jour et je demande souvent son intercession. Parmi les autres saints dont je suis proche, je dirais saint Vincent Ferrier, le bienheureux Carlo Acutis, sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, saint Jean-Marie Vianney et puis sainte Anne, mère de Marie. J'aime beaucoup saint Pierre également, pour sa spontanéité dans sa relation au Christ qui me frappe toujours quand je lis l'Évangile.

Le texte de la Bible que je préfère est l'épilogue de l'Évangile de Jean (21,15-19), quand Jésus demande à Pierre, par trois fois, s'il l'aime. Cela ravive, chez Pierre, la blessure d'avoir renié le Seigneur. Il aime le Seigneur et le lui dit, mais on voit qu'il est peiné car il a pris conscience des faiblesses de son amour, de ce qu'il ne peut rien sans l'aide de Dieu. Cela montre que Jésus n'appelle pas des parfaits, mais simplement des gens qui sont comme ils sont et qui cherchent à aimer le Seigneur par-dessus tout, tout en étant conscients de leur petitesse.

Nous sommes également invités à aimer les prêtres et à prier pour eux. Il me semble que parfois, certains chrétiens peuvent être durs et exigeants vis-à-vis des prêtres, et porter sur eux des jugements sévères. Inversement, les prêtres sont parfois mis sur un piédestal. Mais je crois qu'il faut chercher à construire une véritable fraternité chrétienne, pour que chacun puisse trouver sa juste place. Voilà ce qui doit nous servir de boussole. Et comme la prière est le socle de toute vie chrétienne et de toute communauté chrétienne, il me semble indispensable, plus généralement, que tous aient à cœur de prier pour la paroisse et pour tous ceux qui la font vivre. C'est comme cela que Dieu pourra y faire des merveilles.

"Faites-vous petits devant Dieu"

L'Évangile donne l'image du trésor qu'un homme trouve dans un champ. Vivre avec Dieu, c'est un trésor qui vaut bien davantage que tous les trésors du monde. J'ai mis du temps dans ma vie à le découvrir, et je l'ai découvert par pure grâce de Dieu après avoir vécu des moments difficiles. Je voudrais vraiment encourager tous ceux qui liront ces lignes à chercher sans cesse le Seigneur dans la prière, dans les sacrements, dans la lecture de la parole de Dieu, dans le don de soi-même à Dieu et aux autres, et à ne pas se décourager. Faites-vous petits devant Dieu, mettez-le à la toute première place de vos vies, essayez d'enlever de vos vies ce qui ne lui plaît pas, et vous verrez que cela portera beaucoup de fruits. C'est en tout cas le chemin de toute une vie.

Une transformation intérieure si visible

Cette transformation intérieure est si visible que ses proches s'en étonnent. Certains lui demandent même s'il n'a pas rencontré une femme tant sa joie rayonne autour de lui. Pour Guillaume de Coincy, cette joie demeure aujourd'hui le signe le plus fort de l'authenticité de sa vocation. Elle l'a accompagné durant toutes ses années de séminaire et continue de l'habiter à l'approche de l'ordination. 

Pour sa première messe, il a choisi cette parole du psaume 42: «Je parviendrai à l'autel de Dieu, au Dieu qui me fait danser de joie.» Une devise qui résume sans doute le mieux son parcours. Après avoir cherché sa voie dans les tribunaux du monde, c'est désormais à l'autel qu'il consacrera sa vie. Et lorsqu'il évoque ce moment, son émotion demeure intacte: «Je suis profondément heureux. Profondément heureux.»

Gautier de Coincy  devenu prêtre au XIIème siècle

Gautier de Coincy - dont le prénom Guillaume est un dérivé qui signifie "volonté de protection". - avait déjà été une figure marquante de la littérature religieuse médiévale. Né à la fin du XIIe siècle, il choisit la voie ecclésiastique et devient prêtre, puis moine bénédictin. Son entrée dans le clergé marqua le début d'une vie consacrée à la prière, à l'étude et à la création poétique. En tant que prêtre, il se distingua par sa dévotion à la Vierge Marie et par son désir de rendre la foi accessible à tous, notamment grâce à la poésie et au chant.

Devenu prêtre, Guillaume de Coincy mit d'abord son talent au service de la prédication et de l'édification spirituelle. Il composa des chants - notamment les miracles de Notre-Dame - et des récits pieux qui mêlèrent langue vernaculaire et culture savante, afin de toucher un large public. Son ministère sacerdotal s'inscrivit dans un contexte de renouveau religieux, où l'on cherchait à renforcer la piété populaire. À travers ses œuvres, il illustra le rôle du prêtre médiéval comme guide spirituel, enseignant et médiateur entre les fidèles et le divin.

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