Le curé voleur... est pardonné

Le Père Michel, curé de Paulhaguet (Haute-Loire) aurait volé des milliers d'euros de quêtes et de dons de l'église, avant de disparaître en mars 2026 à Madagascar, son pays d'origine. Mais le diocèse ne porte pas plainte, privilégiant le pardon (Matthieu 6, 14-15). Résultat: le père Michel reste prêtre. L'évêché n'a plus autorité sur lui. Seule sa congrégation religieuse pourrait, un jour, décider de sanctions.

Église catholique de Paulhaguet
"Donnez, Dieu vous le rendra". Mais pas ce curé. «Tu ne voleras pas», septième des dix commandements reçus par Moïse, mais qui n'a visiblement pas été respecté par cet homme d'Église. Depuis le 8 mars 2026, le père Michel s'est volatilisé de Paulhaguet, petite commune rurale de Haute-Loire (850 habitants). Il n'a prévenu ni les membres du conseil pastoral, ni les autorités diocésaines. Plus aucune nouvelle de lui, ni... des quelques milliers d'euros qui manquent à la paroisse. Une situation loin d'être inédite.

Officiellement, le curé serait parti en congé à Madagascar, son pays d'origine. Or, le religieux n'est jamais revenu depuis. La raison selon l'évêque du Puy-en-Velay? Il serait "parti avec la caisse". Un secret de polichinelle lorsque l'on se promène dans ce village du Brivadois, bien que révélée par le journal Le Parisien. Monseigneur Yves Baumgarten accuse le curé d'un "détournement de fonds estimé entre 3 000 et 6 000 euros et soutiré dans les quêtes du dimanche".

Mgr Yves Baumgarten évêque du Puy
Des billets "disparus"
Le père Michel officiait depuis près de six ans à Paulhaguet mais intervenait sur un territoire plus vaste d'une vingtaine de communes et près de 5 200 habitants. Les premiers doutes à son sujet ont émergé en janvier dernier, alors que les trésoriers venaient de constater des anomalies. "Ce sont des détournements qui se sont faits dans le temps, il y avait quelques billets qui manquaient de temps en temps dans les caisses et qui n'étaient pas transmis à la comptabilité", explique à ici Pays d'Auvergne l'évêque du Puy-en-Velay, Mgr Yves Baumgarten.

Une conseillère municipale, et bénévole chargée de l'entretien de l'église dans son temps libre, décide de mener l'enquête discrètement avec d'autres paroissiens. Ils creusent, comparent, questionnent. Et un seul nom revient régulièrement dans leurs calculs: le père Michel, administrateur de la paroisse depuis un an et demi. "Il y a des jours où l'argent entre en caisse, d'autres où il n'apparaît plus dans la comptabilité. C'était assez étrange", rapporte Mgr Baumgarten.

Un curé parti à l'étranger
L'évêque du Puy-en-Velay, est informé début 2026. Il convoque le prêtre pour s'expliquer. "Le père Michel dément les accusations, mais n'apporte aucune justification aux anomalies comptables. Pour un homme en charge de la trésorerie, c'est mauvais signe", raconte le religieux. Le curé n'a donc jamais reconnu, ni nié les faits. Le couperet tombe: le prêtre est relevé de sa mission, avec interdiction de revenir au diocèse.

Problème: il est déjà loin. Le curé partait pour un mois de vacances à Madagascar, un voyage programmé de longue date. Et depuis, plus de nouvelles. Congé à durée indéterminée. Le père Michel s'est comme volatilisé. "Je n'ai plus de contact avec lui", affirme Mgr Baumgarten. "Son départ était prévu, au terme normal de sa mission. Personne n'imaginait un tel épilogue".

Aucun dépôt de plainte : le voleur pardonné
Impossible de chiffrer précisément le préjudice : "les quêtes se font en liquide, il n'y a pas vraiment de traçabilité". L'évêché avance néanmoins une fourchette large: entre 3 000 et 6 000 euros. Pour une paroisse rurale qui vit des dons de ses fidèles, la somme pèse. "Chauffage, entretien, fonctionnement. Tout vient de là. C'était l'argent de gens humbles qui glissaient des billets dans une corbeille au nom de la foi", déplore l'évêque.

Et pourtant, malgré sa fuite avec les poches pleines, l'évêque a fait le choix du pardon en décidant de ne pas porter plainte, et tourner la page au plus vite. Le maire de Paulhaguet, Jean-Luc Bringer, confirme avoir vérifié: "Je me suis renseigné auprès de la gendarmerie, il n'y a pas eu de dépôt de plainte". Il ajoute: "Je crois qu'on l'a invité à partir en vacances"... Une décision qui suscite l'incompréhension de nombreux paroissiens.

Jean-Luc Bringer, maire de Paulhaguet
Mgr Baumgarten justifie officiellement son choix en invoquant les difficultés d'une procédure visant un homme désormais retourné à plusieurs milliers de kilomètres, au sein de sa congrégation religieuse à Madagascar. Sa famille à Madagascar n'a pas répondu aux sollicitations du diocèse.
Plus étonnant, le prélat avance également une explication liée aux origines du prêtre. Selon lui, celui-ci étant issu «d'un pays très pauvre», l'appât d'importantes liquidités aurait pu constituer une «tentation». L'évêque qualifie ainsi les faits de «faiblesse humaine» et dit espérer que l'intéressé saura tirer les conséquences de ses actes, privilégiant une approche pastorale. «Nous avons choisi la voie du pardon et de la miséricorde», a-t-il déclaré, selon Orange Actu.

Le diacre de la paroisse a même déclaré au Parisien: "C'est un prêtre qui a fait beaucoup pour le développement de la paroisse. Les gens sont surtout désolés de son départ. L'argent, ce n'est que de l'argent!"
Résultat : le père Michel reste prêtre. L'évêché n'a plus autorité sur lui. Seule sa congrégation religieuse pourrait, un jour, décider de sanctions.

Un manque de contrôle
Ce n'est un secret pour personne dans le diocèse: l'argent liquide qui circule est mal contrôlé. "Entre la corbeille de la quête et son dépôt à la sacristie, plusieurs mains se croisent, souvent seules, souvent sans témoin, concède l'évêque. C'est assez vite fait de prendre un billet dans la quête, ça, ce n'est pas très compliqué, malheureusement".
Dans le village, la nouvelle a été un choc, rapporte Jean-Luc Bringer, le maire de la commune. "Ça n'a pas fait trop de vagues, parce que l'évêché n'a pas voulu porter plainte et tout, je pense que c'est pour ça que ça s'est resté un peu en catimini. Ça reste néanmoins choquant pour les habitants", estime l'élu. Il ajoute : "Pendant ce temps, la commune continue d'investir dans le bâtiment religieux. En somme, on finance une église que quelqu'un vient de voler. C'est dommage".
Le 1er septembre, un nouveau curé prendra officiellement ses fonctions à Paulhaguet. Avec lui, la paroisse espère retrouver un peu de sérénité. Le diocèse du Puy-en-Velay a annoncé qu'il dédommagerait la paroisse. Reste à élucider "le miracle de l'argent disparu", l'autre mystère de l'Église.
Mais une question persiste, presque murmurée: peut-on vraiment tourner la page quand celui qui prêchait la foi est parti avec la caisse?

