Le miracle de la conversion de Saül devenu Saint Paul

Le juif Saül a persécuté violemment les chrétiens, les a jeté en prison et a approuvé leurs mises à mort. Le Christ ressuscité se révèle pourtant à lui en pleine Lumière sur le chemin de Damas pour faire de lui saint Paul, le plus grand des évangélistes auprès des non-juifs. Un miracle extérieur (lumière, voix, cécité, guérison) et intérieur (renversement radical de sa foi, de sa mission et de son identité), qui rappelle combien la grâce de Notre-Seigneur peut toucher chacun d'entre nous, même le plus improbable des ennemis à aimer.

Contexte : qui est Saül ?
Avant cet événement, Saül est un pharisien zélé, formé à la Loi, citoyen romain, engagé dans la traque des disciples de Jésus qu'il considère comme une secte dangereuse. Il approuve notamment la lapidation d'Étienne et obtient des autorités des lettres de mission pour arrêter les chrétiens jusqu'à Damas.
Sur le plan religieux, il se comprend comme un défenseur de la pureté d'Israël et de la Loi, convaincu de servir Dieu en éradiquant ce mouvement messianique naissant. C'est donc au moment où il est au maximum de son zèle persécuteur que survient l'intervention divine, ce que la tradition lit comme un signe de la gratuité de la grâce.

Récit biblique de l'événement
Le Nouveau Testament raconte la scène trois fois dans les Actes des Apôtres (Ac 9, 22 et 26), avec quelques variations de détail mais le même noyau: lumière céleste, chute, voix de Jésus, cécité, intervention d'Ananie, baptême. Paul lui-même évoque cet événement dans ses lettres, moins pour en décrire les détails que pour en souligner le sens: une révélation du Fils qui fait de lui un apôtre des nations.
Les Actes décrivent une lumière «venant du ciel» qui l'enveloppe, au point de l'aveugler et de le renverser à terre, tandis qu'une voix l'interpelle: «Saül, Saül, pourquoi me persécutes‑tu?»; à sa question «Qui es‑tu, Seigneur?», la réponse vient: «Je suis Jésus que tu persécutes». Conduit aveugle à Damas, il reste trois jours sans manger ni boire, jusqu'à ce qu'Ananie, averti par une vision, vienne lui imposer les mains: il recouvre la vue, reçoit l'Esprit Saint et est baptisé.

Un vrai miracle
L'événement est qualifié de miracle pour au moins trois raisons:
phénomène extraordinaire: éclat de lumière en plein jour, voix venue d'en haut, cécité subite puis guérison liée à un geste prophétique et à la prière.
origine divine explicite: la voix s'identifie elle‑même comme celle de Jésus ressuscité, ce qui place la scène dans le registre de la révélation pascale.
effet anthropologique disproportionné: le basculement quasi immédiat de persécuteur à témoin et missionnaire ne s'explique pas simplement par une évolution psychologique progressive.
La tradition chrétienne voit dans l'aveuglement puis la guérison de la vue un signe sacramentel: Saul est d'abord aveugle spirituellement, puis la lumière du Christ le rend réellement voyant; les «écailles» qui tombent de ses yeux symbolisent sa sortie de l'ignorance et de la dureté de cœur.

Sens théologique de la conversion
Sur le plan théologique, la conversion de Saül est l'illustration exemplaire de la grâce: Dieu vient chercher un homme au moment même où il se trompe le plus radicalement tout en croyant servir Dieu. La rencontre avec le Ressuscité renverse de l'intérieur sa compréhension de la Loi, du Messie et des païens, et devient le point de départ de sa théologie de la justification par la foi.
Cet événement marque aussi le passage d'un judaïsme strictement centré sur la Loi à l'ouverture universelle de l'Évangile: celui qui défendait le particularisme devient apôtre des nations, plaidant pour l'entrée des païens dans le peuple de Dieu sans obligation de circoncision ni de pleine observance de la Loi mosaïque. L'Église lit donc ce miracle comme un tournant dans l'histoire du salut: non seulement un changement personnel, mais un déplacement de l'axe de la mission, de Jérusalem vers le monde païen.

Conséquences historiques et spirituelles
Historiquement, la conversion de Paul a eu une portée décisive: ses voyages missionnaires, la fondation de communautés dans tout le bassin méditerranéen et ses lettres sont au cœur du christianisme des origines et du canon néotestamentaire. Sa pensée sur la grâce, la foi, l'Esprit, le corps du Christ et l'universalité de l'Évangile a façonné durablement la théologie occidentale.
Spirituellement, cette conversion est devenue un paradigme :
symbole de la puissance de Dieu à transformer même l'ennemi en témoin.
appel à ne jamais désespérer de la conversion des pécheurs ni de la propre capacité de chacun à se laisser retourner par la lumière du Christ.

Lecture liturgique et actuelle
Dans la liturgie catholique, une fête spécifique de la Conversion de saint Paul est célébrée le 25 janvier, comme action de grâce pour ce «prodige de la grâce» et invitation à la conversion permanente. Les homélies et commentaires spirituels insistent sur la disponibilité intérieure: Paul n'est pas seulement «foudroyé», il répond, pose une question («Qui es‑tu, Seigneur?») et se laisse conduire, ce qui fait de la conversion un dialogue plus qu'une simple contrainte.
Aujourd'hui encore, ce récit nourrit la réflexion sur la nature de l'expérience religieuse: vision extérieure, expérience intérieure, appel prophétique et décision libre se combinent en un même événement, que la tradition qualifie de miracle parce qu'il ouvre une brèche dans l'ordre ordinaire des choses pour instaurer une nouvelle histoire – celle de Paul, mais aussi celle de l'Église au milieu des nations.

LA CONVERSION EN DIRECT (extrait de Saint Paul conquérant du Christ - 1951 - Daniel-Rops - p.28-34)
C'était un jour d'été, aux abords de midi. Escorté d'une troupe de gardes qu'on lui avait donnés pour l'aider dans sa tâche, Saül, fiévreux, crispé, arrivait en vue de l'oasis syrienne. Il y avait déjà une grande semaine qu'il avait quitté la ville sainte, une semaine qu'il marchait sur la piste sablonneuse, y compris les haltes obligatoires du repos sabbatique. Il avait hâte d'arriver à Damas, d'accomplir sa mission, d'assouvir sa colère. Ni le rude soleil, ni le traître serein des nuits, n'avaient pu le retarder. (...)
Il y avait donc huit jours que Saül marchait, dans la pierraille et la poussière, sous un ciel d'un bleu cru. Les graminées séchées sur le sol des collines laissaient voir leur peau rèche et leur squelette de roches. Tout était gris, monotonement gris; les buissons de la route, les maisons des villages, les cailloux des oueds taris, et jusque sous l'abri ténu des olivettes, la laine des moutons, dont la toison se confondait avec le sol.

Tout en cheminant, Saül mâchait et remâchait sa fureur. "Jamais, dit Pascal, on ne fait le mal si pleinement ni si gaiement que quand on le fait par conscience". Était-il gai le jeune Pharisien qui allait à Damas accomplir une mission affreuse? Mais qu'il agit par conscience, il était sûr. La ferme conviction de détenir la vérité se mêlait, certainement en son coeur à l'inquiète âcreté de la vengeance et de la hargne; quel compte personnel réglait-il avec ce Messie dont il poursuivait les fidèles? Lui-même eût-il pu formuler tout à fait ses raisons?
Ce qu'il avait fait contre les Nazaréens à Jérusalem ne lui suffisait point encore. Les traquer, les dénoncer, faire appréhender les uns, battre les autres de verges, contraindre les moins forts à apostasier - il l'a avoué lui-même: dépasser en violence tous les autres Pharisiens ne lui paraissait pas encore assez (Acte 8,3; 22,4; 26, 10-11; Gal. 1,13; Tim. 1,13). Des groupes de fidèles de la nouvelle doctrine se constituaient hors de la Palestine, notamment dans les communautés juives de Syrie; il se proposa pour aller les percer à jour et les frapper.

Le Grand Prêtre à qui Saül, - "ne respirant que menaces et meurtres" (Actes 9, 1-2) - alla exposer son projet l'accueillit évidemment fort bien. Qui était-ce? Encore Caïphe, un des plus tristes héros du scandaleux procès du Christ, qui, à force de cautèle et de reptation diplomatique, avait réussi à se maintenir au Pontificat quelque 18 ans et qui ne fut destitué qu'au cours de l'année 36? Ou l'un de ses successeurs immédiats, Jonathan qui ne porta la mitre que Six mois, ou Théophile, élu au début de 37? Peu importe. L'ordre de mission fut signé, ordonnant aux synagogues de Damas de livrer à Saül leurs membres ralliés à Jésus de Nazareth, afin qu'il les ramenât, enchaînés, à Sion.
La chose était illégale, en droit juif comme en droit romain. Sur les sanhédrins locaux des communautés de la Diaspora, le Grand Prêtre n'avait, en principe, aucun pouvoir. Mais il va de soi que son prestige était grand, et qu'il savait en abuser. Quant aux occupants romains, ils n'eussent guère toléré, en temps normal, qu'un petit rabbi sortît du territoire confié au Procurateur de Judée pour venir procéder à des arrestations en Syrie, sous le nez même de leurs magistrats. Mais, - et c'est un des arguments pour dater les faits de l'an 36, où Pilate, rappelé à Rome, n'avait pu encore être remplacé -, l'autorité occupante n'était alors représentée que par l'administrateur de Césarée et par le puissant mais lointain légat de Syrie, Vitellius, qui d'ailleurs faisait une politique d'entente avec les autorités sanhédrites. En agissant vite, le coup devait réussir.

Tout contribuait donc à la hâte de Saül. La fièvre lui montait au front, dans la chaleur écrasante de la piste. Il touchait presque au but. À sa gauche, l'Hermon, "le premier né des Hautes", dressait sous le ciel dur sa cime neigeuse, cette cime où le Christ transfiguré étincela aux yeux des siens. À sa droite, les collines du Hauran moutonnaient, mauves et bleues, vers l'Asie. Bientôt, l'oasis apparaîtrait, grise de ses platanes et verte de ses palmes. L'air devait être opaque, immobile, pesant, comme il est aux déserts vers l'aplomb de midi.

Tout à coup, une lumière venant du ciel resplendit autour de lui, dépassant en intensité le soleil. Le voyageur tomba à terre et il entendit une voix qui disait: "Saül, Saül, pourquoi me persécutes-tu?" Il bégaya: "Qui es-tu donc, Seigneur?" La voix reprit: "Je suis Jésus de Nazareth, celui que tu persécutes." Atteré et tremblant, le Pharisien murmura encore: "Seigneur, que veux-tu que je fasse," Et la voix ineffable reprit: "Relève-toi. Entre dans la ville. Là tu sauras ce que tu as à faire, car je t'ai établi mon serviteur et mon témoin."
Evènement prodigieux, d'une importance incalculable, sans lequel tout l'avenir du Christianisme eût été changé... Il faut croire qu'il frappa l'esprit des contemporains autant qu'il confond le nôtre, car ce n'est pas une seule fois, au Chapitre 9, mais deux fois encore, aux chapitres 22 et 26, que le livres des Actes des Apôtres le rapporte, et ces deux dernières, par les lèvres de Saül lui-même. Entre les trois récits, l'identité quant au fond est absolue; les différences ne portent que sur des détails: les compagnons de Paul tombèrent-ils aussi à terre? Que perçurent-ils exactement du phénomène? Une aveuglante lumière? Une voix proférant des mots incompréhensibles? L'authenticité du fait est indiscutable, qu'à plusieurs reprises, l'Apôtre, dans ses lettres, confirmera encore par des allusions décisives (1 Cor. 9,1; 15,4; Gal. 1,12-17). Sur la route de Damas, au soleil de midi Saül s'est bien trouvé affronté à Jésus, et il s'est entendu appeler par son nom.

Il se releva de terre et tituba. Sans doute dut-il pousser un cri. Il ne voyait plus rien. Le texte des Actes le dit: il ne voyait plus rien "à cause de cette grande lumière". Les médecins qui ont étudié cette cécité soudaine ont conclu qu'elle ne pouvait pas être assimilée à celle que déterminent les coups de soleil sahariens, laquelle est de courte durée, alors que celle de Saül devait se prolonger plusieurs jours. Ils l'ont rapprochée de celle qui se produit lors de l'éblouissement électrique, qui est due à un choc excessif de lumière sur la rétine, entraînant des brûlures superficielle de la cornée et des sécrétions de mucosité purulente; celle-la peut durer assez longtemps. Saül n'était pas mort d'avoir rencontré le Dieu de vie, mais c'était bien cependant un mort qui allait reprendre la route, un homme mort à lui-même. Soutenu par des gens de l'escorte, il entra dans Damas, pour y attendre les ordres promis.
Damas était alors ce qu'elle est encore, l'oasis merveilleuse qui semble surgir de l'inhumain désert comme une fleur paradisiaque de l'Arbre de Vie. Ses sources intarissables avaient fait lever une végétation multiple: platanes et peupliers, trembles et saules jalonnaient les ruisseaux et les fraîches rigoles; à l'ombre des palmiers, les grenades, les abricots et les figues mûrissaient en enclos innombrable; partout la rose et le jasmin mêlaient à celui des tubéreuses leur parfum sucré. L'Occident et l'Orient, croisant ici leurs routes, avaient fait de la ville un des centres où les caravanes s'arrêtaient, allant vers l'Égypte, la Mésopotamie, la Perse, chargées de fourrures, de soies, de sel ou de métaux précieux. Dans cette puissante cité, où dix races voisinaient, la colonie juive était depuis longtemps nombreuse (Flavius-Josèphe parle de 50.000 âmes), des boutiquiers aisés et des artisans. Du fond de sa rouge Pétra, le roi de qui dépendait plus ou moins la ville, le prince arabe Arétas, la protégeait.

Franchie la porte fortifiée - une tour massive la gardait -, le voyageur se trouvait dans une avenue, longue de 1500 mètres, large de 30, bordée de portiques aux colonnes corinthiennes et dont la chaussée dallée était encadrée de trottoirs. On l'appelait la rue "Droite"; elle existe encore et son appellation antique est restée connue à coté de son nom moderne de "Souk el Tawil", le "long bazar". Un juif habitait là, du nom de Judas, à qui sans doute ordre avait été donné de recevoir l'envoyé du Grand Prêtre. On se représente bien Saül, accroupi dans quelque recoin du patio ou de la boutique, éperdu silencieux, refusant de manger et de boire, ses yeux d'aveugle ouverts sur la nuit du miracle, pauvre captif aux mains de Celui qui l'avait si bien vaincu.
C'était dans la communauté juive que, sans doute, s'était constitué le premier noyau des fidèles du Nazaréen. Ce noyau ne devait point être insignifiant pour qu'il eût attiré l'attention méfiante des chefs religieux d'Israël. Ananie en était membre, que les Actes qualifient de "disciple" (9,10), c'est à dire un de ceux que Saül se proposait de ramener enchaînés à Jérusalem. C'était, dit encore le livre (22,18), un "homme pieux selon la Loi", donc un de ces premiers partisans de Jésus, comme le type en dominait encore dans cette très primitive Église, qui, tout en étant baptisés selon la foi nouvelle, demeuraient très attachés aux observances de leur race et à la synagogue, des hommes qui se montraient d'autant plus juifs qu'ils se sentaient plus attentifs à la Parole du Christ. Bon, prudent, juste de coeur et de vie, il était respecté de tous et considéré.

Or, Ananie eut une vision. Le Seigneur lui apparut et l'appela: "Ananie!" Il répondit, comme il est rapporté des grands aniens dans la Bible, en semblable circonstance: "Pars, va dans la rue Droite et demande, dans la maison de Judas, un homme nommé Saül, natif de Tarse. Tu le trouveras en prières, car il vient, lui aussi d'avoir une apparition: il a vu entrer un homme, du nom d'Ananie, qui lui a imposé les mains pour lui rendre la lumière." Interdit de recevoir un tel ordre, le prudent osa répondre: "Seigneur, j'ai entendu dire de plusieurs que cet homme avait fait beaucoup de mal à tes saints, à Jérusalem. Et s'il est ici, c'est qu'il a reçu mandat des autorités et du Grand Prêtre afin d'arrêter ceux qui invoquent ton nom." Mais la voix mystérieuse répartit encore: "Va! Car cet homme est l'instrument que je me suis choisi!" (Actes 9, 10-15).
La rencontre est admirable entre et homme qui se sent menacé, non seulement dans sa personne mais dans sa foi et son espérance, et qui doit aller porter le salut à celui-là même de qui il peut tout attendre, et le pire. Le paradoxe chrétien est là tout entier formulé, le paradoxe de la charité du Christ, que saint Paul devait si profondément comprendre et exalter de façon sublime; à l'instant où l'appel décisif allait retentir pour lui, il était nécessaire qu'il s'y trouva affronté. "Aimer ses ennemis, pardonner à ceux qui nous offensent": la plus essentielle de toutes les leçons de l'Évangile, Saül la recevait, par la voix même d'un homme qui, l'instant d'avant, était encore son éventuelle victime.

Ananie se mit donc en route. il entra dans la maison de Judas et demanda Saül. Il était là, toujours prostré, toujours aveugle, toujours incapable d'expliquer ce qui se passait dans son âme, où la vision avait pourtant ramené l'espérance. "Saül, mon frère, dit Ananie, le Seigneur m'envoie vers toi, ce Jésus qui t'est apparu sur la route, par où tu venais vers nous. Je suis ici pour que tu recouvres la vue et que tu sois empli de l'Esprit-Saint. À ce moment même, des paupières de Saül, il tomba comme des écailles et il recouvra la vue. Il se leva; il prit la nourriture et ses forces lui revinrent. Et c'est alors qu'il fut baptisé.
Ainsi s'accomplit ce qu'on a coutume ordinairement d'appeler "la conversion de saint Paul". Qu'il y ait eu en lui de secrètes approches de la Grâce, secrètes même à soi, que des composantes puissent être discernées qui contribuèrent à l'ébranlement psychologique bouleversant du chemin de Damas, cela n'a d'importance que seconde. L'impression qu'on retire de la lecture des Actes, celle aussi bien dont saint Paul témoignera obstinément, toute sa vie, c'est qu'un évènement foudroyant le saisit, alors qu'il se croyait encore pétri de convictions judaïques, et le changea terme par terme, d'un seul coup. La transformation en lui fut radicale et complète. Ce qu'il avait haï, du jour au lendemain, il l'adorera, et la cause qu'il avait combattue de toute sa violence, de toute sa violence aussi, désormais, il la servira. En une seconde, sur la piste du désert, Dieu avait vaincu son adversaire et, pour toujours, se l'était attaché.

Cet homme que la Lumière jeta sur le sol de la route, vaincu, mais comblé par sa défaite même dans l'attente la plus profonde de son coeur, comment ne le considérerions-nous pas avec émotion, et, il faut le dire, avec une sorte d'envie? Saül, Saül de Tarse, plus pécheur que nous ne sommes, bourreau aux mains tâchées du sang fidèle, et qui eut cette chance inconcevable de rencontrer personnellement le Christ, d'être de Sa voix même appelé par son nom...
Pourquoi en fut-il ainsi? Pourquoi ce homme fut-il désigné? On est ici au coeur du mystère paulinien de la Grâce, où tout est obscur dans les secrets desseins de la Providence et où tout cependant mène au but, qui est la Lumière décisive. C'est vers ce but, c'est vers cette Lumière que, désormais, Saül va tendre. Le Christ, qui l'a vaincu, va le montrer sur toutes les routes du monde, comme son captif et son esclave. Et lui, Saül, n'aura pas assez d'heures dans sa vie pour rendre le témoignage de l'Amour à Celui qui l'avait assez aimé pour le frapper au coeur.

