Le pardon pour un chrétien, un juif et un musulman

07/01/2026

Le pardon est central dans le christianisme, le judaïsme et l'islam. Tous  affirment que Dieu est miséricordieux et que le retour à lui est toujours possible, même après des fautes graves. Toutes relient le pardon à une transformation intérieure: la conversion du cœur chrétienne, la teshuvah juive, la tawba islamique, qui supposent prise de conscience, regret et changement de conduite.​ Ainsi, le pardon vise une restauration de la relation, dans la réconciliation avec Dieu et avec les autres, lorsqu'il y a repentir et réparation.​ Alors demandons pardon et pardonnons-nous.

Pardon chrétien

Dans la théologie chrétienne, le pardon des péchés est à la fois promesse, don et commandement: Dieu réconcilie le monde avec lui en Christ et ne tient plus compte des fautes. Les sacrements (baptême, réconciliation, eucharistie) sont compris comme des lieux où le croyant reçoit la «rémission des péchés».​

Sur le plan éthique, Jésus ordonne de pardonner «sans compter», jusqu'à «soixante-dix fois sept fois», ce qui signifie un pardon potentiellement illimité. Le croyant doit donc pardonner comme il a été pardonné, et refuser de pardonner est vu comme incompatible avec l'accueil du pardon divin (cf. Notre Père: «pardonne-nous nos péchés, car nous pardonnons aussi»).​

Pardon juif : la teshuvah

Dans le judaïsme rabbinique, on distingue la teshuvah (retour/repentir) et la mechilah (pardon, remise de dette) accordée par l'offensé. Le pardon humain n'est pas automatique: l'offenseur doit reconnaître la faute, réparer le tort matériel, demander pardon avec sincérité, puis l'offensé est moralement tenu d'accorder la mechilah si la démarche est authentique.​

Le judaïsme met en garde contre un «pardon facile» qui encouragerait le mal; sans authentique teshuvah, l'offensé n'a pas à renoncer à sa créance morale. Sur le plan du rapport à Dieu, Yom Kippour est établi comme jour d'expiation, de teshuvah et de pardon divin joyeux et complet, symbole d'une réconciliation renouvelée entre Dieu et Israël.​

Pardon en islam : la tawba

En islam, le cœur est la tawba (repentir/retour): le croyant revient à Dieu après s'être égaré, avec regret, arrêt du péché et volonté de ne pas y revenir. Le Coran présente Dieu comme «Très Pardonneur» (Ghafour), «Celui qui efface» (Al‑'Afw) et «Celui qui accueille souvent le repentir» (At‑Tawwab), insistant sur l'ampleur de la miséricorde divine et l'interdiction de désespérer du pardon.​

On distingue le pardon de Dieu et le pardon entre humains: pour les péchés envers autrui, il faut restituer les droits des personnes et solliciter leur pardon en plus de celui de Dieu. Des versets promettent non seulement le pardon, mais la transformation des mauvaises actions en bonnes œuvres pour celui qui revient sincèrement par la foi et les bonnes actions.​

Fondement théologique

Christianisme : le pardon est enraciné dans l'œuvre du Christ, par laquelle Dieu réconcilie l'humanité avec lui «alors que nous étions encore pécheurs», comme acte de grâce offert à tous. Le pardon humain est participation à ce pardon divin déjà accompli, même si son accueil par la foi est existentiel.​

Judaïsme : le cadre est celui de l'alliance et de la teshuvah (retour) ; Dieu pardonne dans le cadre d'un retour à la Torah, d'un aveu et d'une transformation concrète, notamment à Yom Kippour. Le pardon est pensé en relation forte avec la justice et la responsabilité éthique du peuple et des individus.​

Islam : Dieu est Al‑Ghafur, Al‑'Afuw, At‑Tawwab ; la miséricorde divine est vaste, mais s'actualise dans la tawba (repentir) sincère du croyant. Le pardon est au service de la restauration de la relation verticale à Dieu et horizontale entre humains.​

Condition du pardon

Christianisme : de nombreux courants insistent sur la gratuité radicale du pardon de Dieu dans le Christ, vu comme un acte accompli pour tous, indépendamment d'un repentir préalable, même si son bénéfice est lié à la foi. Dans la vie éthique, beaucoup de théologiens encouragent un pardon humain très large, allant au‑delà de la stricte condition de repentir de l'offenseur, par imitation de Dieu qui aime ses ennemis.​

Judaïsme : le pardon humain (mechilah) ne doit pas être donné trop facilement ; il n'est moralement requis que lorsque l'offenseur a accompli une vraie teshuvah (reconnaissance de la faute, regret, arrêt du péché, restitution, confession). Accorder un pardon sans teshuvahest vu comme dangereux, car cela banalise le mal et empêche la vraie conversion du coupable.​

Islam : le pardon divin est fortement lié à la tawba : sans repentir, il n'y a pas de véritable effacement ('afw) du péché, même si la porte de la miséricorde reste ouverte. Sur le plan humain, le Coran et la tradition encouragent à dépasser la stricte rétribution pour aller vers le pardon, mais sans abolir le droit à la justice.​

Rapport à la justice et à la réparation

Christianisme : la justice est vue comme assumée dans la croix du Christ ; Dieu ne nie pas le mal, mais le juge et le porte lui‑même, ce qui rend possible un pardon inconditionnel comme grâce. Sur le plan humain, certains courants insistent davantage sur la réconciliation intérieure que sur la réparation juridique, d'autres articulent explicitement pardon et responsabilité (par exemple envers les victimes).​

Judaïsme : la réparation est structurante ; le pardon entre humains n'est pas complet tant que les dommages n'ont pas été réparés autant que possible, et la justice reste une exigence centrale. Le refus de pardonner peut être moralement justifié si la restitution et la transformation morale ne sont pas crédibles.​

Islam : la justice (qisas, talion) est reconnue comme un droit, mais le Coran valorise la renonciation et le pardon comme forme supérieure, lorsque cela n'encourage pas l'injustice. Réparer les torts envers autrui et restituer les droits est une condition majeure pour que le pardon divin couvre les péchés interhumains.​

Pardon entre humains

Christianisme : le croyant est appelé à pardonner même ses ennemis, dans une logique de dépassement du ressentiment et de participation à l'amour de Dieu qui « fait lever son soleil sur les bons et les méchants ». Le refus obstiné de pardonner est souvent perçu comme incompatible avec l'accueil du pardon divin (« pardonne-nous… comme nous pardonnons »).​

Judaïsme : l'offensé doit être prêt à pardonner si l'offenseur a réellement fait teshuvah ; Maimonide affirme qu'il est alors moralement tenu de donner la mechilah. Mais pardonner sans indices sérieux de repentir est vu comme une faute, car cela cautionne implicitement la faute et met en danger la justice.​

Islam : le pardon est une vertu recommandée ; les textes spirituels soulignent qu'il rompt le cycle de la violence et manifeste une noblesse de caractère, à condition que cela ne renforce pas l'oppression. Le croyant est invité à distinguer la condamnation de l'acte et l'espérance pour le pécheur, dont la sincérité ultime de la tawba n'est connue que de Dieu.​

Vers une vision commune du pardon

Mis en dialogue, ces trois univers offrent une matrice commune :

  • un Dieu juste et miséricordieux ;

  • un sujet responsable appelé à la conversion ;

  • une communauté qui cherche à guérir les liens brisés.​

Le pardon, dans les trois cas, n'est ni simple effacement du mal ni pure vengeance, mais un chemin exigeant de vérité, de justice et de miséricorde, où l'espérance d'un recommencement l'emporte sur la fermeture définitive. Ainsi est appelé chaque croyant, dans ses rapports avec Dieu et avec les autres.