Le miracle de l'Immaculée Conception et de la conception virginale

On entend souvent que Jésus est né de l'immaculée conception de Marie. C'est inexact. L'Immaculée Conception concerne la manière dont Marie a été conçue, tandis que la conception virginale concerne la manière dont Jésus a été conçu. Dans l'Immaculée Conception, Marie est la "nouvelle Ève", qui dit "oui" à Dieu là où Ève Lui a dit "non" dans le jardin d'Eden. Dans la conception virginale, Jésus est le "nouvel Adam" qui naît sans péché (grâce, vie et pardon pour la nouvelle humanité), là où Adam a brisé le lien avec Dieu (péché, chute et mort pour l'ancienne humanité).

Parallèle entre Jésus et Adam
Dans la Bible, Adam est la tête de la première humanité: par sa désobéissance entrent le péché et la mort pour tous ceux qui sont «en Adam». Jésus, appelé «second» ou «nouvel Adam», est la tête d'une humanité nouvelle: par son obéissance jusqu'à la croix, il apporte pardon, grâce et vie à ceux qui sont «en lui». Adam symbolise donc l'humanité ancienne, marquée par la chute; Jésus symbolise l'humanité restaurée, appelée à la communion avec Dieu et à la vie éternelle.

Immaculée Conception
Marie, dès le premier instant de sa conception dans le sein de sa mère Anne, a été préservée du péché originel par une grâce anticipée des mérites de Jésus-Christ. Cette préservation est vue comme une rédemption "préventive" ou "anticipée", plus parfaite celle des autres humains, accordée en vue de sa mission de Mère du Sauveur.

Elle est donc, selon cette foi, «sans tache», entièrement tournée vers Dieu et ne connaissant pas la rupture fondamentale avec Dieu qui marque le reste de l'humanité. Ce privilège a été défini solennellement par le pape Pie IX en 1854, même si la croyance existait déjà auparavant dans la tradition. Le texte dogmatique de la bulle Ineffabilis Deus déclare: Marie fut "préservée intacte de toute souillure du péché originel".

La croyance émerge au Moyen Âge, avec des théologiens comme Eadmer d'Ebbesbourne qui comparent Marie à une rose sous les épines, protégée du péché. Le Concile de Bâle (1439) l'approuve partiellement, mais Pie IX la définit solennellement le 8 décembre 1854, après consultations et malgré oppositions comme celle de saint Thomas d'Aquin. Vatican II (Lumen gentium, 1964) confirme que Marie fut "rachetée de façon éminente" et formée comme une "nouvelle créature".

Les théologiens catholiques invoquent des versets de la Bible interprétés comme allusions implicites à la pureté exceptionnelle de Marie dès sa conception:
Genèse 3,15 (Proto-Évangile): «Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci t'écrasera la tête, et toi, tu lui blesseras le talon.» Interprété comme victoire de Marie (la femme) et de son Fils sur le péché, impliquant sa préservation du péché originel.

Sainte Anne, mère de Marie, Grand-mère de Jésus
Luc 1,28: «Réjouis-toi, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi.» Le terme grec kecharitôménê suggère une grâce parfaite et plénière dès l'origine, sans tache de péché.
Apocalypse 12,1: «Un grand signe apparut dans le ciel: une Femme revêtue du soleil, la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de douze étoiles.» Symbole de Marie enveloppée de lumière divine, exempte de souillure.
La fête du 8 décembre utilise Gn 3,9-15.15,19 (promesse de rédemption), Éph 1,3-6 (élu dès avant la création) et Lc 1,39-47 (visitation).

La fête liturgique a lieu le 8 décembre, jour de jeûne et d'ouverture de l'Avent, avec messe solennelle et lectures bibliques comme Gn 3, 9-15 (proto-Évangile). Marie est représentée rayonnante, souvent sur un globe avec serpent sous les pieds, symbolisant la victoire sur le péché, comme à Lourdes où elle se présente comme "l'Immaculée Conception" en 1858.
C'est un jour férié en France et dans plusieurs pays, avec processions et dévotions mariales.

Les orthodoxes honorent la "conception immaculée" de Jésus en Marie ou sa sainteté par adhésion à Dieu, sans dogme équivalent sur son péché originel. Les protestants rejettent le dogme pour manque de base scripturaire explicite, et les Églises copte/orientales le voient comme théologoumène non contraignant.

Conception virginale
Jésus a été conçu dans le sein de Marie par l'action de l'Esprit Saint, sans relation sexuelle ni intervention de semence humaine, marquant l'incarnation divine dans une chair humaine. Elle se réfère donc à l'Incarnation du Verbe en Marie, non pas à la conception de Marie, et implique que Marie était vierge au moment où elle a conçu et mis au monde Jésus. Cette croyance est commune à la foi chrétienne ancienne et est aussi mentionnée dans le Coran, même si l'interprétation varie selon les traditions.

Matthieu 1,18-20 décrit Marie enceinte "par l'Esprit Saint" avant son union avec Joseph, rassuré en songe que l'enfant est "de l'Esprit Saint". Luc 1,34-35 rapporte la question de Marie («Comment cela se fera-t-il puisque je ne connais point d'homme?») et la réponse de l'ange: «L'Esprit Saint viendra sur toi, la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre». Cette naissance surnaturelle accomplit la prophétie d'Isaïe 7,14 ("Voici que la vierge concevra et enfantera un fils"). Elle souligne la sainteté originelle de Jésus, né sans péché originel, distinct de la lignée adamique pécheresse.

La conception virginale réalise l'Incarnation: le Fils éternel de Dieu s'unit à une nature humaine complète (corps et âme) sans héritage pécheur, inaugurant une nouvelle création où Jésus est le "nouvel Adam". Elle met en lumière la souveraineté de Dieu sur la procréation humaine et la réceptivité de Marie, vierge intègre. Proclamée dans le Symbole de Nicée-Constantinople (381): "par l'Esprit-Saint, il a pris chair de la Vierge Marie et s'est fait homme".

Attestée dès les écrits d'Ignace d'Antioche (vers 110 ap. J.-C.) et le Symbole des Apôtres, elle est unanime dans l'Église primitive, catholique, orthodoxe (avec virginité perpétuelle) et partiellement protestante. Le Coran (sourate 3,59 ; 19) la reconnaît comme miracle divin, comparant Jésus à Adam créé par le "Sois!". Certains théologiens modernes la réinterprètent spirituellement, mais les évangéliques la défendent comme fait historique littéral.


