Katskhi pillar : une église bâtie sur le roc

Quelle est donc cette église en Géorgie au sommet du piton Katskhi pillar, ou "pilier de la vie"? C'est d'abord l'église la plus isolée du monde, dont l'accès public est banni depuis 2018, mais où a vécu Maxime Qavtaradze, un criminel devenu moine ermite. C'est aussi un grand mystère : comment et pourquoi pareil ouvrage a-t-il été construit?...
L'église qui domine la région d'Imereti, à 200km à l'ouest de Tbilissi, la capitale géorgienne, est nimbée de mystère. Seuls quelques moines veillent jalousement sur ses secrets, autorisés à gravir une échelle haute de quarante mètres qui les emmène, chaque jour, au sommet du piton rocheux où le monument est édifié. Cette ascension leur prend une vingtaine de minutes. Il y a fort à parier que nombre de curieux seraient prêts à un tel effort si cela leur était permis… Mais l'église est un sanctuaire bien gardé, autant qu'une attraction touristique désormais inviolée. Selon le média américain CNN journal, qui lui a consacré un long article en 2019, ce piton rocheux - et l'église qui le surmonte - est l'un des lieux les plus sacrés au monde. Les femmes - même celles qui appartiennent à un ordre religieux - n'ont pas l'autorisation de s'y aventurer.
Quant aux touristes, ils en sont bannis depuis 2018, explique à CNN le père Ilarion, qui a la responsabilité du monastère. C'est le patriarche Ilia II, alors chef religieux de l'Église orthodoxe, qui avait émis cette interdiction. Les habitants de la région sont aussi concernés et ceux qu'a croisés le média américain ont dit comprendre et respecter la décision, considérant que cela aiderait à préserver « le caractère sacré » du site.
Des visiteurs non religieux - plus précisément des chercheurs intéressés par l'histoire du site, sont pour la première fois montés au sommet du piton, en 1944, raconte pour sa part le site spécialisé dans le design et l'architecture AD magazine. Ils établissent, en 1946, qu'un site religieux antique se trouvait sur le piton dès le Ve siècle - une croix en demeure le principal vestige. Ensuite, une église y a été bâtie au XIe siècle. Des moines y vivent alors, vénérant Saint-Maxime.
Aujourd'hui, le site se caractérise toujours par une église située au sud est du pilier, une crypte, des cellules dédiées à l'ermitage ainsi qu'une cave à vin. Selon le journal indien Times of India, qui s'est lui aussi penché sur l'histoire des lieux, en 2020, les fouilles effectuées sur place ont mis au jour des récipients qui servaient à conserver le vin traditionnel géorgien. La présence de ces récipients, associée à la construction de la cave à vin, semble attester que les anciens moines y menaient une vie austère.
Le journal indien révèle aussi qu'un occupant au profil inattendu habite sur place depuis 1993 : Maxime Qavtaradze, dont un photographe, Dmitri Leltschuk, a documenté l'ermitage sur le piton en 2013. Dix ans plus tard, le journal britannique The Sun racontait à son tour le quotidien de ce moine jadis emprisonné pour des affaires liées à la drogue. « Quand je me suis retrouvé en prison, j'ai compris qu'il était temps de changer », rembobine-t-il dans les colonnes du média britannique, expliquant avoir toujours admiré ces moines qui faisaient le choix de s'exiler au sommet de pitons pour éviter les tentations. « C'est ici, dans le silence, que vous pouvez sentir la présence de Dieu », argue-t-il.
Seul occupant des lieux à dormir sur place, il est rejoint en journée par les hôtes du monastère construit en contrebas, qui prient au sommet du piton sept heures par jour, participent aux tâches quotidiennes et, surtout, ravitaillent l'ermite.
Une église qui rappelle le piton géorgien, en France
Selon la BBC, c'est ce moine qui, avec l'aide des habitants de la région et de l'Agence nationale pour la préservation du patrimoine culturel de Géorgie, a redonné son lustre à l'église, en utilisant des cordes et des poulies pour acheminer les matériaux jusqu'au sommet. Il a même fait installer une échelle en fer pour faciliter l'ascension du pilier. Mais un mystère continue de planer sur le Katskhi pillar…
Selon la BBC, le site a surtout été occupé par des moines, à partir du Xe siècle, et est caractéristique du modèle ascétique très particulier des Stylites (ou moines des piliers). Ce modèle a été abandonné au XVe siècle avec l'invasion de la Géorgie par l'empire ottoman. Cependant, les historiens ne savent toujours pas comment les premiers moines s'y sont pris pour bâtir l'église au sommet du piton… Quant aux amoureux du patrimoine et aux pèlerins pour qui le lieu est sacré, ils peuvent se consoler : il est permis de se hisser jusqu'au premier niveau du roc, où un espace creusé dans la pierre permet de se recueillir. Autre option, entrer dans la chapelle située au pied du pilier, décorée de fresques et placée sous le patronat de Saint-Siméon, un moine qui résida pendant des décennies sur un pilier similaire, en Syrie.
Si cet édifice est particulièrement intrigant et remarquable, il n'est pas sans rappeler un autre site religieux, situé, cette fois, en France, dans le Puy-en-Velay : le Rocher Saint-Michel d'Aiguilhe, dont l'ascension s'effectue par un escalier de 268 marches creusées dans la roche et conduisant à une chapelle perchée.

