Docteur Boissarie: l'analyste en chef des miracles de Lourdes

14/08/2026

Le docteur Prosper-Gustave Boissarie (1836-1917), médecin et président du Bureau des constatations médicales de Lourdes à partir de 1891, est sans doute l'un des meilleurs analystes des guérisons et miracles dans le sanctuaire marial. Son témoignage et ses trois ouvrages majeurs - accessibles à tous en PDF ci-dessous - constituent parmi les preuves scientifiques les plus déterminantes: 

  • Les Grandes guérisons de Lourdes PDF (1900/560 pages): un ouvrage monumental richement illustré de gravures, retraçant de manière détaillée les dossiers médicaux et les examens cliniques des cas les plus spectaculaires à Lourdes.
  • L'Œuvre de Lourdes PDF: un livre centré sur l'historique et l'organisation du Bureau médical face aux milliers de pèlerins, souvent réédité avec des ajouts illustrés et des mises à jour sur les dossiers récents. 
  • Lourdes, Histoire médicale PDF (1858-1891): publié en 1891, cet ouvrage pose les bases de l'analyse scientifique et médicale des guérisons en regroupant des centaines de certificats et l'étude critique face à l'hystérie ou la suggestion.
  • Une importante mise au point s'impose toutefois: le docteur Boissarie ne cherchait pas à prouver le «miracle» sur le plan spirituel, mais s'attachait à démontrer cliniquement le caractère scientifiquement inexplicable d'une guérison. Pour ce faire, en tant que président du Bureau des constatations médicales de Lourdes, il a structuré une méthode de vérification drastique pour répondre au scepticisme du monde scientifique de l'époque.

    Sa méthode reposait sur une démarche d'élimination rigoureuse en quatre axes principaux:

    1. L'exigence de preuves matérielles absolues

    Pour le Dr Boissarie, aucune déclaration ne reposait sur la simple bonne foi du patient.

    • Les antécédents médicaux: le malade devait fournir des certificats authentiques, des rapports d'hospitalisation et des diagnostics signés par ses médecins traitants d'origine avant son arrivée à Lourdes.
    • L'élimination des troubles fonctionnels: il rejetait systématiquement les cas de guérisons liées à la simple "nervosité", à l'hystérie ou à l'autosuggestion (théories alors défendues par le neurologue Jean-Martin Charcot).
    • La focalisation sur les lésions organiques: il privilégiait uniquement les maladies destructrices de tissus visibles et palpables (tumeurs, ulcères profonds, tuberculose osseuse ouverte, cécité lésionnelle). La reconstruction instantanée de ces tissus constituait pour lui la preuve matérielle irréfutable.

    2. Le critère de l'instantanéité

    Dans l'ordre naturel, les pathologies organiques lourdes exigent des semaines, voire des mois de convalescence. Le Dr Boissarie constatait la rupture des lois de la nature lorsque des plaies profondes ou des destructions osseuses se cicatrisaient de manière soudaine, immédiate et complète, souvent en quelques minutes lors d'un passage aux piscines ou à la Grotte.

    3. La permanence et le suivi à long terme

    Pour écarter l'hypothèse d'une simple rémission passagère, courante dans les maladies chroniques, le Dr Boissarie imposait un suivi strict:

    • Le patient guéri devait revenir à Lourdes un an ou plusieurs années plus tard pour subir de nouveaux examens.
    • La guérison devait se révéler durable, définitive et sans rechute pour que son dossier soit définitivement validé par le Bureau.

    4. La collégialité ouverte aux contradicteurs

    Le Dr Boissarie a transformé le Bureau médical en une véritable clinique internationale ouverte à tous:

    • Il invitait tous les praticiens de passage à Lourdes — qu'ils soient croyants, athées, agnostiques ou sceptiques — à examiner les malades en direct et à débattre des dossiers.
    • La preuve s'obtenait par le consensus médical: si un collège pluridisciplinaire de médecins s'accordait à dire que la guérison défiait toutes les connaissances scientifiques de l'époque, le fait scientifique était validé.

    Une fois cette impossibilité physique et médicale rigoureusement démontrée par le Bureau, le Dr Boissarie transmettait le dossier aux autorités ecclésiastiques (l'Évêque du diocèse du malade). Car c'est à l'Église, et non aux médecins, qu'incombe la décision finale de déclarer (ou non) que cette guérison inexpliquée constituait un "miracle" au sens théologique.

    Les 72 cas reconnus miraculeux par l'Église

    Sur plus de 7000 dossiers de guérisons déposés à Lourdes depuis les apparitions, 72 cas ont à ce jour été reconnus miraculeux par l'Eglise. Plus de 80% des guérisons reconnues miraculeuses concernent des femmes. La plus jeune personne dont la guérison a été reconnue miraculeuse avait 2 ans. Les pays d'origine des personnes dont la guérison a été reconnue miraculeuse sont la France (56), l'Italie (9), la Belgique (3), l'Allemagne (1), l'Autriche (1), la Suisse (1) et Angleterre (1). Six personnes affirment avoir été guéries par l'intercession de Notre-Dame de Lourdes alors qu'elles n'étaient pas venues à Lourdes. La majorité des personnes a été guérie au contact de l'eau de Lourdes (50), la plupart aux piscines du Sanctuaire.

    Témoignage du Dr Boissarie - Extrait de Lourdes, Histoire médicale 1858-1891

    "Je veux résumer le récit des faits merveilleux qui se répètent depuis plus trente ans autour de la grotte de Lourdes. 

    La tâche est difficile; elle est même périlleuse pour un médecin.

    Au milieu de ces guérisons étranges qui échappent à toute règle, à toute loi, il en est un très grand nombre qui présentent des garanties scientifiques, irrécusables, et défient toute critique. Mais dans ces matières, trop souvent, on ne connaît ni tolérance, ni droit au libre examen.

    Dans nos Académies, nos écoles, Lourdes est un mot mal sonnant. C'est une question jugée d'avance pour tous ceux qui conduisent à notre époque le mouvement des opinions et des idées: question de foi, nous disent-ils, qu'il faut abandonner à l'enthousiasme, à l'entraînement des foules.

    Ce n'est pas du haut d'une chaire, sans aucun élément d'information, que l'on peut donner la signification d'un fait inconnu. On nous donne l'écho d'une doctrine, d'une conviction déjà faite, d'une idée préconçue.

    Le véritable témoin et le seul juge, c'est le médecin du malade. Il parle en clinicien, en homme d'expérience; il parle de faits qui lui sont familiers, de résultats qui se passent sous ses yeux. Écrite surs ses indications et sous sa dictée, l'histoire de Lourdes repose sur des bases indiscutables. 

    L'opinion s'est émue devant des témoignages aussi importants que nombreux. Les écoles de la Salpêtrière et de Nancy; rompant avec les traditions du passé, ont compris qu'il fallait sortit d'une négation systématique.

    Elles ont reconnu qu'il y avait autour de la Grotte des guérisons capables de frapper d'étonnement les spectateurs les plus instruits qui, disent-elles, doivent trouver dans les théories de la suggestion une explication décisive.

    J'ai voulu lire et vérifier les observations relevées à Lourdes depuis 1858 par des médecins instruits, consciencieux; j'ai compris que ces médecins avaient retracé, en narrateurs fidèles, des faits qui s'étaient passés sous leurs yeux, et que ces faits sortaient absolument du cadre habituel de nos études.

    À ceux qui pourraient me dire: on ne discute pas les miracles, on passe à côté en soulevant les épaules, en détournant la tête, je répondrai par cette parole de Diday: "Entre tout croire et tout nier, sans vouloir regarder, il n'y a que l'épaisseur de la plus mince circonvolution cérébrale; c'est dans l'un et l'autre camp que se recrutent les armées de l'intolérance."

    Le médecin est l'homme de l'observation. Avant de s'occuper de la doctrine, il doit grouper tous les éléments qui peuvent servir de base à ses conclusions.

    J'ai demandé à mes confrères de me renseigner sur les guérisons dont ils avaient été témoins. J'ai pu surprendre moi-même, sur des malades de ma clientèle, ces modifications instantanées, et les juger en connaissance de cause. Pendant cinq ans, durant les pèlerinages, assis au Bureau des médecins, j'ai vu ces interminables défilés de malades, de guéris, de ressuscités; je me suis habitué au bruit, à l'enthousiasme des foules. J'ai pu distinguer l'illusion qui console, la foi qui ranime et toutes ces modifications passagères, effort suprême de la volonté.

    J'ai vu des guérisons qui ne pouvaient recevoir aucune interprétation scientifique, et ce que j'ai vu, cinquante, cent médecins l'ont vu comme moi.

    C'est moins une oeuvre personnelle qu'un travail de critique et de compilation que je vais écrire. Je prends les faits tels que l'exposent les hommes les mieux placés pour bien les connaître. Je les groupe, je les rapproche de faits analogues, et je cherche s'ils peuvent recevoir par quelque côté, une explication naturelle. Les différences profondes qui séparent ces résultats de ceux que nous observons sont d'une évidence telle, qu'ils doivent frapper tous les esprits.

    Les miracles de nos hôpitaux, qui marquent le dernier degré de la puissance de la nature ou de l'art, ne sont qu'un jeu à côté de cette force mystérieuse qui se révèle à Lourdes. Là où finit l'action de l'homme, commence à peine l'action surnaturelle. Le médecin, qui assiste pour la première fois au bouleversement de toute loi, s'arrête étonné, interdit, et cherche vainement des points de repère.

    Mais, si les faits ont cette réalité, cette évidence, comment soulèvent-ils de pareils doutes et de telles protestations?

    À moins que le malade ne soit un de vos clients, de vos proches ou de vos amis, il est bien difficile de vous faire en quelques instants une opinion sur la nature et l'importance des modifications qui s'opèrent sous vos yeux. Il faut une enquête approfondie, il faut que le temps consacre ces résultats.

    J'ai attendu 14 ans avant de publier l'observation d'une de mes malades; cette sagesse, cette lenteur, ces enquêtes longuement conduites, ne sont pas du goût de la foule. De là souvent des notes discordantes sur une même question.

    Dans notre société positive et sceptique, il se fait un étrange retour vers le mystérieux. Le XIXème siècle finit au milieu de manifestations et d'idées, qu'il reléguait naguère dans le domaine des impostures. Que penseront nos successeurs de l'action des médicaments à distance, des phénomènes de transfert, de la puissance de l'aimant?

    Les guérisons de Lourdes élèvent notre pensée plus haut, mais ne soulèvent pas de plus difficiles problèmes. Elles sont plus faciles à apprécier comme un fait. Une plaie qui se ferme, une tumeur qui s'efface, sont en effet plus faciles à constater qu'une suggestion à échéance fixe ou un changement de personnalité. Sans doute, pour interpréter ces guérisons, il faut sortir des conditions qui régissent la matière.

    Mais la conception de l'univers, et les harmonies du monde soulèvent aussi d'insolubles questions; et, dans la notion de l'infini, il y a plus de surnaturel que dans tous les miracles de toutes les religions.

    Pr Louis Pasteur

    C'est cette pensée que Pasteur développait dans un magnifique langage dans son discours de réception à l'Académie française:

    Au delà de cette voûte étoilée qu'y a-t-il? De nouveaux cieux étoilés, soit: et au delà?

    L'esprit humain, poussé par une force invincible, ne cessera jamais de se demander: qu'y a-t-il au delà?

    Veut-il s'arrêter soit dans le temps, soit dans l'espace? Comme le point où il s'arrête n'est qu'une grandeur infinie, à peine commence-t-il à l'envisager, que revient l'implacable question.

    Il ne sert à rien de répondre: Au-delà sont des espaces, des temps et des grandeurs sans limites. Nul ne comprend ces paroles.

    Celui qui proclame l'existence de l'infini, et personne ne peut y échapper, accumule dans cette affirmation, plus de surnaturel qu'il n'y en a dans tous les miracles de toutes les religions: la notion de l'infini a ce double caractère de s'imposer et d'être incompréhensible.

    La notion de l'infini dans le monde, j'en vois partout l'inévitable expression. Par elle, le surnaturel est au fond de tous les coeurs. L'idée de Dieu est une forme de l'idée de l'infini.

    Que pouvons-nous ajouter à ces paroles du plus grand maître de la science moderne? Elles sont la réfutation aussi éloquente qu'autorisée de toutes les doctrines matérialistes, dont nous subissons depuis trop longtemps la loi.

    J'ai hésité longtemps avant de publier mes premières observations. Un médecin ne peut s'engager sans crainte sur un terrain où tout est pour lui surprise, inconnu. Le vénérable P. Sempé, le dernier supérieur des Pères de Lourdes, comprit mes incertitudes; il me tendit la main:

    'Je fais appel, me dit-il, au concours de tous les hommes spéciaux. Je voudrais qu'il y eut ici, auprès de nous, une clinique toujours ouverte pour étudier les guérisons qui se produisent.' C'est le voeu que formulait Louis Veuillot pendant la dernière visite qu'il nous fit. C'est le but que je poursuis. J'ai le bonheur de le voir en grande partie réalisé. Nous avons auprès de nous un médecin, avant interprète, qui est en permanence auprès de la Grotte: il recueille les observations que lui envoient ses confrères.

    'La moisson est abondante, venez avec nous, étudiez, observez en toute liberté; vous nous ferez part de vos impressions.'

    Je serrai la main qui se tenait vers moi; et pendant quatre ans, j'ai pu suivre, interroger les nombreux malades qui venaient faire constater leur guérison.

    Les Pères de Lourdes ont facilité mes recherches. Le Dr de Saint-Maclou m'a donné tous les éléments d'information. J'ai lu tout ce qui a été publié. J'ai analysé deux ou trois cents certificats. C'est le résultat de ces études que je vais essayer de résumer dans les pages qui suivent..."

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